Le sursaut national : une nécessité inévitable.

congobzv.jpgUn sursaut national est une nécessité au sens où la situation actuelle ne peut perdurer, d’autant plus que nous sommes dans une impasse. Cela ne fait aucun doute, mais à quelles conditions ? Le sursaut aura lieu avec les nouvelles générations d’hommes et de femmes qui se dresseront contre l’humiliation historique, et le système politique qui les appauvrit sans cesse. Il aura lieu avec ceux qui auront réussi au préalable leur « décolonisation mentale » comme le dit le Pr Nicolas Agbohou.

La première phase du sursaut est la prise de conscience individuelle, puis collective de la situation économique réelle de nos États soumis aux injonctions de la Banque Mondiale, du FMI et de l’ancienne puissance coloniale.  Le système politique qui a dominé jusqu’alors a montré toutes ses limites, avec dans le cas du Congo,  les dernières guerres instrumentalisées. Le retournement des protagonistes « affrontements/réconciliations/collaborations » sur le dos des populations manipulées, abusées et abandonnées, a fini de convaincre les Congolais sur les illusions entretenues. C’est pourquoi je dis que le changement est inévitable. Le sursaut sera possible d’autant plus que l’on mènera une lutte sans concession contre le tribalisme de tout bord, qu’il soit mou ou dur. Ce tribalisme qui est l’aliénation la plus repoussante, qui engendre l’exclusion et la violence politique.  Le tribalisme n’est pas une valeur qui élève l’être humain mais au contraire, ce  dernier devient son prisonnier et perd tout sens du bien et du mal.

Ce sursaut ne sera possible que si le pays connait l’émergence d’un grand parti démocratique sur les bases d’une prise de conscience individuelle et collective anti-tribale (et cela, est l’acquis historique du M 22) et partisan d’une libération des contraintes économiques Nord-Sud pour une économie autonome et favorable aux droits fondamentaux de l’homme. Cette structure devra englober les forces démocratiques internes et tous les éléments de la diaspora réunis sur ces bases, car aujourd’hui,  une ligne révolutionnaire de type « marxiste » est obsolète. Un front démocratique progressiste fondé sur cette double libération politique et économique est possible et toujours d’actualité. Il nous faudra inventer une forme de démocratie qui soit de notre cru et de culture africaine. Et cela est possible si nous le désirons fermement. 



[1] A lire : Agbohou, Nicolas. (1999). Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique. Paris : Solidarité Mondiale A.S. 

 


14 commentaires

  1. Letsaa la Kosso dit :

    Pierrot,
    Hélas ton beau texte finit avec une phrase qui lui enlève toute sa promesse: « il nous faudra inventer une forme de démocratie qui soit de notre cru et de culture africaine ». Ca me rappelle l’invention d’un certain socialisme africain du cru qui s’est mu en une grande hydre d’eau douce! Vouloir particulariser l’universel n’est ce pas là la meilleure façon de l’étouffer?
    Bien le salut.

  2. pierreboundit dit :

    Letsaa La Kosso,

    Ce qui est universel, ce sont les principes qui fondent la démocratie (le choix par le peuple des ses dirigeants, les grandes options qui vont organiser la vie du pays, l’alternance politique, un homme – une voix ….), mais l’expression de tout ceci ne peut pas être écarter de l’histoire, de la culture, de la qualité des hommes, des valeurs morales même de ceux qui conduisent les affaires du pays. Nous ne pouvons pas (même si nous les souhaitons), faire un « copier-coller ». Quelle démocratie choisir ? Made in USA ? Made in France, Grande Bretagne ? Inde ? … La nôtre sera bien de notre cru, avec nos apports dans l’édification de la culture démocratique universelle.

    Bien à toi.

  3. Letsaa la Kosso dit :

    Pierrot,
    Toujours aussi vif et engagé! Ta réponse m’a satisfaite sans pour autant réduire la méfiance que j’éprouve pour les particularismes du « cru ». Je ne dis pas qu’il faut choisir entre telle ou telle démocratie, je me dis qu’il faut vivre la démocratie comme se porte le pantalon, la chemise et la veste: un costume, quoi. Nous avions africanisé le costume avec l’abacos, qu’est ce que ça a donné? Nous avions Air Afrique, qu’est ce que ça donné? Nous avions le Socialisme africain, qu’est ce que ça a donné! Explique-moi, ça rappelle les beaux moments de notre militantisme surtout que je lis ton livre en ce moment en y retrouvant les noms de nos camarades.
    Bien le salut.

  4. pierreboundit dit :

    Lestsaa La Kosso,
    Je comprends ta méfiance, elle est le résultat des nos espoirs déçus. Nous n’avions pas rêvé un tel avenir pour le pays quand nous étions encore lycéens. La démocartie se porte comme un pantalon me dis-tu ? Ok ! Tu remarqueras selon les latitudes, le pantalon n’a pas la même coupe. Il y a des pantalons à « pattes d’éléphants », des « tailles basses », des « just’au corps », des pantalons avec « talon » ou « sans talon » etc … La démocratie chez nous aura un assaisonnement tropical, sinon ce sera du plagias comme hier pour la « révolution ».

    Bien à toi.

  5. ARDIN dit :

    Slt Cher Aine,
    J’ai adore ton texte, une belle reflexion. Mais il y a des prealables, des conditions a remplir pour « inventer cette democratie »
    Un homme autant qu’un peuple, est comme un arbre. Sans racines, il ne peut tenir debout, il s’ecroule, se desintegre. A partir de ce moment, il est la proie de tous les appetis. Il faut avant cette democratie, reconstruire l’Africain, l’eduquer de sorte qu’il soit en mesure de se prononcer en toute competence et en connaissance de cause sur les questions dont il sera amene a se prononcer. Qu’il ne soit plus la victime de tous les antiquaires a qui il retirera le droit de mentir, de torturer, de chosifier, de manipuler, etc…
    Cette democratie doit mettre cet homme au coeur de ses preoccupations, elle doit mettre l’Homme au coeur de ses priorites, et refuser le profit, l’individualisme, bref, tout ce qui caracterise la civilisation occidentale.

  6. ARDIN dit :

    Slt,
    J’ai repondu instantenement apres lecture de l’article.
    Et j’aimerai encore ajouter, apres lecture de mon post, qu’il n’est pas seulement question de sursaut national, mais surtout d’engagement profond, une remise en cause radicale de nos vie…

  7. pierreboundit dit :

    Bonsoir Ardin,
    Tu penses qu’il faut « avant la démocratie, reconstruire l’Africain, l’éduquer …. » Ne penses-tu pas que la route qui mène à la démocratie implique forcément des nouvelles mentalités, des nouveaux repères, des nouvelles valeurs de justice sociale, de partage, de travail et de solidarité. Qui éduque qui ?

    Bien à toi.

  8. Letsaa la Kosso dit :

    Pierrot,
    Pour en rajouter à ta liste, je citerai le pantalon-bouffon ou « tchaya ». Du plagia? Mais alors tu veux dire « nous » ne faisions que plagier, nous aussi? Quand je dis,je pense bien sûr aux Nôtres dont tu parles dans ton livre. Ange y croyait, Bajean y a cru, toi plus que moi aussi! Alors, plagia? Il y a ceux qui ont tourné casaque, il y a ceux qui comme Bajean ont vécu leur rêve, tu ne penses pas? Sans rejoindre complètement Ardin, qui suggère que l’africain se débarrasse de tout ce qui caractérise la civilisation occidentale (donc qui pose l’africain face à l’occidental), tu sembles préconiser comme solution, cette phrase de l’Internationale: « du passé faisons table rase » Des nouvelles mentalités, des nouveaux repères, des nouvelles valeurs… mais peut-être devrions nous d’abord Etre tout simplement, avant de…L’être et l’avoir; la pensée et l’action? Qui éduque qui? Le passé nous a éduqué, le présent a tout balayé, l’avenir ne nous reconnaîtra pas. L’éducation est transmission, nous n’avons pas transmis, nous ne survivrons pas. Nous périrons. « Eduquer ou périr » avait dit Joseph Ki Zerbo.
    Bien le salut.

  9. pierreboundit dit :

    Letsaa La Kosso,
    Je précise ma pensée. Ange, Bajean, moi même et bien d’autres encore ont cru bien sur. Le plagiat n’est pas dans nos convictions. Le plagiat consiste à s’inspirer d’un modèle que l’on omet délibérément, et c’est ce qu’a fait l’état major du PCT, qui a fait croire à notre génération, qu’il faisait la « Révolution », alors que les rapports sociaux et économiques de domination n’étaient pas ébranlés, bien au contraire (cf la gestion de nos minerais). « Faire table rase du passé ». Je pense qu’il ne faut pas prendre cette expresssion au premier degré. De mon point de vue, cela signifie pour nous il faut sortir de la décolonisation mentale dans laquelle sombre l’élite africaine aujourd’hui, il faut sortir de l’idéologie du tribalisme tromphant actuel, il nous faut réhabiliter le droit, l’équité et la rsponsabilité. Ok, l’éducation est transmission. Mais je pense qu’il nous faut continuer à transmettre nos valeurs, notre façon de concevoir le monde. Non, nous ne sommes pas tous morts, Nous survivront !!! Tant qu’il y a la vie, il y a espoir !

    Bien à toi.

  10. Mbote kulutu,

    Tu parles du FMI (Fonds dela misère instantanée) et de la Banque mondiale. Le ongo est en train de célébreren granes pompes son plus grnd diplôme, à savoir le point d’achèvemnt à l’inititive PPTTE. Avec cet exploit, Gilbrt Ondongo devrait être décoré de l’ordre national du Grand éléphant et bénéficier d’une rente à vie, pour services rendus à la patrie.
    Amen!

    O.G.

    Dernière publication sur Lengunga la pemba, iwuba la kièrè. Le blog d'Obambé Mboundze GAKOSSO : Les gamins, ces êtres épatants!

  11. ERRATUM: lire le « Congo » et non pas le « ongo ».
    « Célébrer en grandes pompes »
    « Achèvement »
    « Gilbert »
    Je suis tellement dans la joie de cette grande nouvelle que je perds mes lettres.

    O.G.

    Dernière publication sur Lengunga la pemba, iwuba la kièrè. Le blog d'Obambé Mboundze GAKOSSO : Les gamins, ces êtres épatants!

  12. Letsaa La Kosso dit :

    Bonjour Pierrot & O.G.
    Donc ça y est quoi! Le Congo fait désormais partie des PPTE (petit pays très endetté/ pays pauvre très endetté) et cela se fête en grandes pompes. Nous sommes ainsi remerciés d’avoir céder 10 millions d’hectares de terres arables de notre forêt pluviable déjà en danger à des gros exploitants agricoles sud-africains: Et demain, la famine et la misère pour notre peuple. Ils se réjouissent d’être considérés comme des miséreux par le reste du monde.

    Pierrot, je suis d’accord que le plagiat n’est pas dans nos convictions.Cependant quand tu parles de l’Etat major du PCT, je fais une petite moue dubitative: Ange ne faisait-il pas partie de cet Etat Major à un moment ou à un autre? C’est bien de « l’intérieur » qu’il s’est levé et nous a entraînés avec lui, non pas de force, mais par conviction.
    Notre passé ne commence pas avec la colonisation, il se situe bien au-delà de celle-ci. Cet au-delà qu’il nous faut retrouver, qu’il nous faut faire connaître aux générations futures sans pour autant nous y fixer. Quoi que nous fassions, nous sommes la résultante de plusieurs équations: la précoloniale, la coloniale et la postcoloniale. Nous ne pouvons nous départir d’aucune d’elle. Connaître et assumer ce que nous avons été hier, pour tracer les voies de ce que nous voulons être demain.
    Sankara de sa photo que tu as mise sur ce blog me fixe en ce moment précis: lire le Monde Diplomatique du mois de janvier où il est question de lui et de Compaoré.
    Bien le salut.

  13. bluette dit :

    moi je connais le grand monsieur avec sa blouse blanche mais pas avec sa plume assis derrière son bureau – en espèrant que ce livre fera un tabac ( et c’est sur !!!) bonne chance et bravo

  14. Libakou Motema dit :

    Le sursaut national se fera, tôt ou tard (et je crois beaucoup plus, tôt que tard, ….).
    En effet, le fait qu’aujourd’hui le Congo notre pays après avoir connu un boum pétrolier dans les années 80 soit admis pieds joints dans le club des pays PPTTE pour bénéficier des allègements accordés par le FMI et la Banque mondiale, montre à suffisance que ceux qui gouvernent ont lamentablement échoué. Car, avec les conditionnalités imposées par le FMI afin de rebâtir le Congo, les populations se trouvent être divisées en deux camps diamétralement opposés : ceux qui, dans la reconstruction croient ne pas perdre leurs privilèges et avantages financiers (ils croient du retse que rien n’a changé : il faut continuer à « ledzâ, lenwâ ») et ceux qui refusent de demeurer les mêmes qui sont condamnés à payer la mauvaise gestion des Responsables politiques (ils sont du reste les plus nombreux). Le sursaut s’imposera de gré ou de force.

    Nous y croyons tous.

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