Exposé de M. Pierre EBOUNDIT, Président de la Ligue Panafricaine du Congo-UMOJA à la Médiathèque Croix-Rouge de Reims .

Exposé du Président de la Ligue Panafricaine du Congo-UMOJA à la Conférence sur le Panafricanisme, le 18 décembre 2010 à la Médiathèque Croix-Rouge de Reims.

Mesdames, Mesdemoiselles,  Messieurs

Chers Ami(e)s,

Nous tenons à remercier la Médiathèque Croix-Rouge de Reims, pour l’organisation de cette conférence sur le Panafricanisme. Nous remercions aussi tous ceux qui se sont libérés de leurs obligations pour venir participer à cet échange que nous espérons réciproquement fécond.ebounditpcapt01.jpg

Le thème qui nous rassemble ce jour est en effet :

« Le panafricanisme moderne peut-il permettre de réinventer la Démocratie et créer un État fédéral africain, pour assurer le développement durable du Continent ? »

Vaste question. Pour structurer notre propos, nous avons prévu de traiter la question en trois volets.

  • - Le Panafricanisme comme fondement de la quête de la dignité, de la liberté et de l’indépendance de l’Afrique;
  • - Le Panafricanisme et les IFI (Institutions Financières Internationales): Comment sortir de l’étau des Dettes odieuses?
  • - Le Panafricanisme et l’Agriculture: Comment reconquérir la Souveraineté alimentaire ?

Nous parlons de Panafricanisme moderne par opposition au « panafricanisme ancien » : en effet, la modernité du concept de panafricanisme est présentée ici par antagonisme avec la vision panafricaine qui a triomphé en mai 1963 à Addis-Abeba. Nous rappelons qu’à cette date, le groupe de Casablanca (avec Julius Nyerere, Kwamé Krumah, Ahmed Sékou-Touré, Patrice Lumumba, Nasser, Frantz Fanon …) qui prônait l’indépendance immédiate et l’unité de l’Afrique par la construction d’un État supranational a été battu par le groupe de Monrovia (constitué de Houphouët Boigny, Léopold Sédar Senghor, Fulbert Youlou ….) qui prôna la validation de l’Afrique balkanisée en micro-États que nous connaissons aujourd’hui. Mai 1963 est une date qui marque la désunion de l’Afrique malgré le compromis minimum qui conduira à la naissance de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Ainsi donc, le panafricanisme moderne prend ses racines dans son patrimoine historique depuis les luttes pour l’émancipation des Noirs (de tous les continents), en passant par les luttes pour les indépendances jusqu’aux luttes pour la désaliénation culturelle et mentale.

Réinventer la démocratie : Nous avons placé au cœur de nos revendications, l’exigence de justice sociale, disons plutôt de justice tout court. Le contenu que nous devrions donner à ce concept doit être puisé dans la philosophie africaine. Voilà pourquoi, nous avons le devoir de conceptualiser et réinventer la démocratie.

État Fédéral Africain : Nous considérons l’État Fédéral Africain comme l’aboutissement politique, institutionnel et culturel du processus d’unification du continent noir, en réponse à la balkanisation de l’Afrique  sur la base d’une conscience historique retrouvée.

Développement durable : Nous reprenons à notre compte cette définition du « développement durable » qui dit que « le développement durable est un mode de développement qui satisfait les besoins des générations présentes, sans compromettre les besoins des générations futures, qui donc concilie les contraintes économiques, écologiques et sociales, en les croisant dans leur mode de gestion. »

Aujourd’hui nous savons que l’industrialisation génère la production de déchets en masse, et toutes sortes de pollutions, etc. Il y a aussi la question que pose la désertification, la déforestation, le « trou » dans la couche d’ozone, l’érosion et le réchauffement climatique. Toutes ces problématiques ne peuvent pas être absentes dans une réflexion sur le type de développement que nous souhaitons pour le Continent.

Ainsi donc qui sommes-nous ? Aspirant au mieux être des Africains, la LPC-U se pose comme un acteur et un recours pour une nouvelle donne dans la conduite des politiques pour le développement du Continent. Dans cette quête, notre association a vocation à œuvrer, avec toutes les organisations partageant le même idéal qu’elle, reposant sur les idées suivantes :

Chacun sait que pour nous panafricains, les difficultés du Continent ne seront pas résolues dans le cadre de nos États actuels, hérités du partage de l’Afrique depuis le Conférence de Berlin. Aussi, quand nous parlons de panafricanisme, nous pensons à Nkrumah ce militant infatigable de l’unité et de la libération totale de l’Afrique qui nous enseigne que « l’Afrique doit s’unir » : « Nous avons donc besoin d’un fondement politique commun pour l’unification de nos politiques de planification économique, de défense et des relations diplomatiques avec l’étranger. Il n’y a pas de raisons pour que cette base d’action politique empiète sur la souveraineté fondamentale des divers pays d’Afrique …». « … L’Afrique doit s’unir » pour constituer un bloc politique et économique capable de se tenir en dehors du giron de la métropole …», car disait-il aussi : « …. Retourner la situation et mettre l’Afrique au nombre des nations modernes à production intense implique un immense effort à fournir sans aide. On ne peut y arriver qu’avec un plan d’ensemble, dans le cadre d’une politique générale déterminée par une autorité continentale » .

Et cette unité pour être complète doit être liée à la résolution de la question de l’aliénation culturelle et mentale qui fait que nos dirigeants, même unies au sein de l’Union Africaine (U.A.), se retourneront toujours vers l’ancienne puissance coloniale pour obtenir « aides », « assistance » et directives. Nous mettons donc l’exigence de la désaliénation, de la renaissance et de l’Afrocentricité, au cœur de notre idéal panafricain.ebounditpcapto2.jpg

1. Nous considérons que la tolérance doit l’emporter sur le fanatisme tribal, le sens de la responsabilité sur l’irresponsabilité, et nous posons comme exigence préalable, une qualité morale qui fait contrepoids aux extrémistes de tout poil.

2. Pour la LPC-U, la démocratie politique signifie, la garantie des libertés individuelles et collectives notamment la liberté d’expression, d’organisation, de circulation et de culte. Nous défendons le pluralisme politique, syndical et médiatique.

3. Nous disons que la bonne gouvernance va de pair avec la promotion de l’État de droit, la participation et le contrôle démocratique, la lutte résolue contre la corruption et l’impunité, la promotion de la transparence, de l’esprit de responsabilité et de l’éthique en politique, la transformation des mentalités et des comportements pour la prise en charge efficace des exigences du développement endogène au service du pays.

Aussi, la démocratie politique ne peut être viable que si elle est sous-tendue par une démocratie sociale et économique. C’est pour cette raison que notre action politique s’inscrit dans la lutte contre l’exploitation de l’homme par l’homme, pour la dignité, l’égalité, l’équité et la justice sociale. La LPC-U œuvre pour l’éradication de la pauvreté et la répartition équitable des sacrifices, ainsi que des fruits de la croissance.

4. Nous luttons contre le néo-colonialisme et le néo-libéralisme et, considérons que l’Afrique, a besoin d’une idéologie qui assure sa propre cohérence interne pour se libérer effectivement de toutes ces formes de domination de quelque nature que se soit. Il s’agit d’inscrire durablement ses racines dans son antiquité africaine, de rendre au peuple sa souveraineté, d’opérer la restauration de sa conscience historique, de la conscientiser en lui dotant d’une doctrine et d’un programme adaptés à ses besoins réels.

5. Nous affirmons que l’économie de marché avec ses « Programmes d’Ajustement Structurels » est un leurre pour les africains. Elle est sans rigueur scientifique, et ne peut pas faire avancer l’Afrique. L’Afrique n’a pas aujourd’hui de pouvoir économique, politique, scientifique pour peser. Forts nous serons respectés, faibles et divisés, nous serons balayés. L’Afrique doit décider d’être forte. La Chine, l’Inde, les quatre dragons asiatiques (Corée du Sud, Singapour, Hong-Kong, Taïwan), et l’Iran, ont décidé d’être forts. Il n’y a pas de miracle. Pour cela, l’Afrique doit assoir son développement à partir de la production et de la transformation de ses matières premières sur son sol. Aujourd’hui, notre capacité de production endogène est presque nulle par rapport à l’économie mondiale. Nous devons créer des économies de production et d’exportation. Ces économies doivent être prioritairement tournées vers les besoins essentiels des populations et non basées sur la monoculture. La souveraineté alimentaire passe par la promotion d’une agriculture soutenue et protégée comme le font les concurrents de nos agriculteurs massivement soutenus par des systèmes d’aides de leurs États (la PAC : politique agricole commune,par exemple…).

6. Les pays africains sont encore incités à s’endetter, à faire les mêmes erreurs alors que cet endettement ne sert pas au développement des pays. Chacun sait que les dettes d’aujourd’hui servent à payer celles d’hier, et nous sommes là dans un cercle vicieux. Nous aurons l’occasion de le démontrer dans les développements qui suivront, après cet exposé. L’Afrique est la principale victime de la mondialisation qui a accepté les théories de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International.

Dans la situation actuelle des économies africaines; la non-intervention des États suppose que ceux-ci perdent de plus en plus leur souveraineté au profit de l’ordre, voir du désordre mondial.

L’Afrique doit bouger !

Si le panafricanisme est la réponse que l’Afrique doit opposer à la mondialisation, la vision néolibérale doit s’effacer en Afrique. Nous le disons clairement, nous ne sommes pas contre l’initiative privée. Cette dernière n’est pas incompatible avec la restauration de l’État dans les secteurs stratégiques tels que l’eau, l’électricité, l’éducation, la santé, les infrastructures…, condition sine qua non d’assurer aux populations les services essentiels. Confiné à un rôle de défense et d’administration, l’État doit recouvrer ses attributions régaliennes mais aussi stratégiques en tant qu’agent majeur de développement. L’économie d’un pays ne peut pas être déréglée sans conséquences sociales majeures. Et la vision néolibérale peut s’effacer sans renoncer aux échanges et à la coopération. Mais, en ayant recouvré ses attributions régaliennes et stratégiques, l’État Africain peut alors imposer une relation avec l’autre où tout le monde sera gagnant-gagnant.

L’Union Africaine travaille aujourd’hui à un gouvernement continental. Or ceci signifie qu’on veut mettre la veste à l’envers car, pour avoir un gouvernement, il faut un État. Donc, c’est l’État continental qu’il faut construire avant de parler de gouvernement continental. Nos États n’ont pas les tailles requises pour se construire, individuellement, une armée efficace, pour construire des satellites pour les télécommunications, pour construire des ouvrages de production d’énergie, etc. Ceci ne peut se faire que dans le cadre fédéral d’organisations sous-régionale qui permettrait de sous-tendre un gouvernement continental.

Je vous remercie.

 


2 commentaires

  1. letsaalakosso dit :

    Frangin Pierrot,
    Elle est belle cette photo sous les ailes déployées d’Isis. Le seul ennui avec Isis c’est que quand elle ferme ses ailes, elle nous envoie à la Mâat pour vérifier si nous avons suivi la bonne voix.
    Bien le salut.

  2. ouserma RE dit :

    Bonsoir

    Magnifique tableau en effet, oeuvre d’un jeune peintre congolais, Mr Samba, qui reproduit là une image de Maât déployant ses ailes en signe de protection.

    Voici l’image d’origine : http://www.sculpturegallery.com/sculpture/winged_maat_with_feather.html

    C’est vrai que ce n’est pas une représentation habituelle de Maât. Elle a été représenté ainsi au nouvel empire. On peut effectivement la confondre avec Aset (Isis), qui porte aussi des ailes. Mais, un indice important permet de ne pas se tromper.

    L’indice pour reconnaître Maât, Fille de Rê et compagne de Thot, Déesse de l’ordre cosmique, de la paix, de la justice et de la vérité : Sa plume qu’elle porte majestueusement sur la tête, attachée à son « kitambala ».
    Et Quand Maât est plumée, elle représente en plus, la force protectrice et revigorante, tout comme Aset. C’est pourquoi, Maât est parfois associée à Isis. Dans ce cas, elle représente alors l’ordre social, la Solidarité, la protection et la défense des faibles contre les oppresseurs.

    L’interêt de la soeur Letsalakosso à cette image n’est surement pas fortuit car elle est l’homonyme de Maât portant letsaa (la plusme) laakosso(du perroquet ou de l’autruche !)

    Son nom a donné le mot justice (Maâ) et nous aspirons à être des Unu-Maâ c’est à dire, des combattants de la justice, des Etres Vrais.

    Hotep.

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