« Les dirigeants du M22 assassinés étaient les meilleurs parmi les cadres … », par Alex Dzabana wa Ibacka.

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Le Docteur en Pharmacie,  Alex Dzabana wa Ibacka, est Président de l’Association  des Familles et Amis,  des Martyrs et Victimes du M22. Dans cette interview, il fait la genèse de ce mouvement et recadre les évènements dans leur contexte d’il y a trente neuf ans. Parus dans le journal brazzavillois « L’Observateur n°478 du 14 mars 2011″, les propos ont été recueillis par François INKOLA.alex.jpg

Docteur, quelles sentiments éprouvez-vous en ce jour du 39ème anniversaire du coup d’état du 22 février 1972 ?

 Merci, Monsieur le journaliste de l’opportunité que vous me donnez pour m’exprimer en ce jour anniversaire, en vertu de la liberté d’expression que me confère la constitution de notre pays. D’abord je voudrais apporter un rectificatif car en ma mémoire,  je ne connais pas de coup d’état militaire qui s’effectue sans  affrontements entre les différents protagonistes  donc sans qu’il y ait mort d’hommes. Non, il n’y avait pas eu de coup d’état le 22 février 1972 , il y avait plutôt eu une riposte à la  tentative de coup d’ état militaire  que préparait  des  officiers de droite de  l’armée en collusion avec des éléments réactionnaires du Comité Central du Parti Congolais du Travail, qui excédés par le travail de politisation  entrepris au sein des unités de l’Armée Populaire National par le Commissariat politique dirigé par le Lieutenant Ange Diawara, projetaient d’en finir avec les officiers révolutionnaires issus de la défense civile et les membres de la gauche du comité central du parti congolais du travail , anciens militants venus des organisations de masses créées après le mouvement populaire des trois glorieuses 1963.

Malheureusement, la riposte au coup d’état militaire avait échoué car le mouvement envisageait de mobiliser les citoyens et les militants pour barrer la route aux réactionnaires infiltrés dans les rangs du parti et de l’armée. Hier à travers le processus historique que poursuit notre pays , la conférence nationale et souveraine de 1991 avait clairement établi que les participants au coup de force du 22 février 1972 c’est-à-dire : Matoumpa-Pollo Prosper, Franklin Boukaka, Elie-Théophile Itsouhou  , les dirigeants du maquis du M22 qui étaient Ange Diawara Bidié, Jean- Baptiste Ikoko, Jean-Pierre Olouka, Jean-Claude Bakékolo, Malonga et beaucoup d’ autres  victimes anonymes assassinées pendant la période du monopartisme politique dirigée par le parti unique c’est-à-dire le PCT avaient été reconnus comme victimes de l’intolérance politique en République du Congo et  réhabilités dans leurs droits citoyens par l’acte 032.

Quant à la question de savoir quels sentiments m’animent en ce jour du 39ème  anniversaire du coup de force du 22

février 1972, je suis toujours envahi par un sentiment de tristesse à cette date parce que l’assassinat de ses citoyens a constitué un immense gâchis et une grande perte pour notre pays. Le parti congolais du travail soutenait la lutte des mouvements de libération d’Afrique et surtout celle de l’ANC car son président Nelson Mandela qui purgea 27 ans en prison  devint le chef de l’état et demeure à ce jour le président le plus respecté du continent à cause de  l’accumulation de l’expérience acquise tout au long de son combat. Ces camarades du M22 représentaient ce que notre pays a connu de meilleur parmi les cadres de la génération de cette époque et je suis convaincu que vivants, aujourd’hui ils auraient été d’un grand apport pour le développement  de la conscience patriotique et citoyenne car ils constituaient des modèles de la lutte contre le tribalisme et des exemples d’éthique et de morale politique.

Docteur, vous dites que les membres du M22 étaient les meilleurs parmi les cadres de la génération de l’époque. Que voulez-vous dire expressément ?

Je reprécise et confirme que Matoumpa-Pollo, Elie-Théophile Itsouhou et Franklin Boukaka ; Ange Diawara Bidié, Jean-Baptiste Ikoko et les autres dirigeants du M22 assassinés étaient les meilleurs parmi les cadres de la génération de cette époque et c’est parce qu’ils étaient les meilleurs qu’on les a éliminés. Le temps a permis à ceux de nos concitoyens qui veulent comprendre l’évolution historique de notre pays de se rendre compte par exemple qu’à la suite de l’échec du coup de force du 22 février 1972 , il y avait plus de trois cents personnes arrêtées mais lesquelles on été extirpées des geôles pour être exécutées ? Le temps a aussi permis à nos populations d’être édifié : que les dirigeants du maquis avaient été livré vivants,  les mains et les pieds liés par les services de sécurité du Zaïre pendant la présidence de Désiré Mobutu à ceux du Congo-Brazzaville pendant le règne de Marien Ngouabi et que le clan de droite du pouvoir en avait décidé autrement , selon les propos de Pierre Nzé publiés dans le n° 62 du journal «  Le  PAYS  » du 21 février    2000 . Tout cela explique que c’était des exécutions ciblées donc des personnes considérées dangereuses par le pouvoir et qu’il fallait éliminer sans aucune forme de procès .Mais  il ya la foi  en l’idéal M22 que certains militants patriotes ont maintenu allumé pendant trente neuf ans au sein de notre peuple malgré la disparition physique des dirigeants historiques de l’organisation du maquis . La lutte contre les intégrismes ethniques par l’unité des citoyens des divers horizons de la république autour de l’idée de libérer le Congo  du système néocolonial français pour construire une Afrique indépendante et libre, pour le développement du continent Africain a germé dans l’esprit des jeunes  détribalisés  des nouvelles générations africaines.  Les jeunes diplômés sans emploi, les jeunes sans formation professionnelle et les jeunes déscolarisés,  victimes de l’échec des cinquante années des « indépendances » octroyées par la France coloniale aux gouverneurs aux visages noirs des oligarchies bureaucratiques et militaires qui dirigent les appareils de l’état en Afrique sont aujourd’hui en avant poste pour constituer les brigades de l’armée des sans voix des peuples. Les dirigeants historiques du M22 sont les meilleurs parmi les cadres de la génération de cette époque pour avoir fait l’autocritique de leur entrisme dans l’appareil d’état néocolonial et demander pardon au peuple dans l’ « Autocritique du M22 » ,  qui est devenu un testament politique après leur mort.

Docteur Alex Dzabana wa Ibacka, quelle est votre analyse au regard des mouvements populaires qui ont chassé du pouvoir les dictateurs en Tunisie et en Egypte ?

Les mouvements populaires qui ont conduit à la chute des présidents de la Tunisie et de l’Egypte sont une conséquence du ras le bol des jeunes diplômés sans emplois ,des jeunes déscolarisés sans formation professionnelle et du lumpenprolétariat, victimes du chômage à cause de la mauvaise gouvernance en Afrique qui n’a que trop duré , rendant l’existence difficile aux travailleurs, aux  paysans et à la jeunesse,  cette couche  vulnérable dans les  sociétés de ces deux pays mais aussi au Moyen-Orient et dans le reste du continent Africain  Les conditions objectives qui nécessitent une riposte violente de la part des déshérités existent partout sur le continent africain  mais cela ne suffit pas , il faut aussi que les conditions subjectives soient remplies ; c’est-à-dire des organisations des patriotes qui recueillent les diverses gouttelettes des revendications des masses pour les concentrer en une rivière pour en faire des fleuves afin de les transformer en de grandes vagues océaniques pour une révolution populaire. Le Congo a été le premier pays en Afrique à avoir accompli un mouvement populaire trois ans après la proclamation des « indépendances  » pour chasser du pouvoir un président de la république au vu des conditions objectives de l’époque des trois glorieuses journées des 13, 14 et 15 août 1963. L’absence d’organisations patriotiques avec des objectifs bien définis a vu la victoire des travailleurs et de la jeunesse être récupérée par des éléments de la bourgeoisie bureaucratique qui utilisaient le langage révolutionnaire de quelques cadres marxisants revenus de l’étranger pour faire croire au peuple Congolais que c’était la révolution et que le pays était rentré dans un nouveau système politique. Tout simplement , on avait enlevé Paul pour le remplacer par Pierre, en maintenant le même appareil d’état hérité de la colonisation qui ne pouvait pas apporter des réponses aux multiples questions posées par les travailleurs et les jeunes au chômage.  Aujourd’hui au Congo les conditions objectives  pour la révolte populaire sont multipliées  par n à cause de la mauvaise gouvernance et des conséquences post conflits que le pays a traversés,  alors que les conditions  subjectives c’est-à-dire les organisations patriotiques et sociales qui doivent conduire les masses à l’insurrection populaire ont été ethnicisées et corrompues traduisant ainsi le bas degré de conscience citoyenne par rapport à la période d’Août 1963. Les syndicats sont absents dans le processus de la lutte des travailleurs, les paysans après cinquante ans n’ont toujours pas de structures d’organisation,  d’encadrements ni de revendications face au pouvoir public, les organisations scolaires et estudiantines sont infiltrées par les services de sécurité et inféodées à l’oligarchie bureaucratique et militaire, celles des femmes ont été transformées en muziki pour agrémenter les manifestations festives. Les cadres dans leur grande majorité constituent le réservoir de recrutement de l’oligarchie au pouvoir pour soutenir l’appareil d’état néocolonial qui maintient le pays dans la persistance du système néocolonial français. A mon humble avis, les Congolais en commençant par les travailleurs et les paysans soutenus par les cadres restés intègres doivent se faire violence pour se détribaliser afin de porter haut l’identité citoyenne et républicaine si nous voulons que la victoire soit certaine et ne plus être récupérée par la bourgeoisie bureaucratique comme cela est entrain de se profiler en Tunisie et en Egypte.

 Je vous remercie. 

 

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