Archive pour avril, 2011

24 Avril 1973 : la fin de l’expérience révolutionnaire au Congo Brazzaville. Par Laurence Monique Mitenda

24 Avril 1973 : la fin de l’expérience révolutionnaire au Congo Brazzaville

Par Laurence Monique Mitenda

 

Le 24 Avril 1973, fut un jour de tristesse, voire un drame pour l’extrême gauche révolutionnaire. Ange Diawara et ses compagnons qui ouvrirent un maquis dans la zone de Goma-tsétsé, (Pool) prolongeant la révolte du 22 février 1972, furent assassinés froidement.

On était en Avril 1973, le Président Marien Ngouabi annonça à l’ouverture d’un congrès de la Centrale Syndicale d’État (CSC), « …qu’avant la fin de vos travaux, on ne parlera plus de l’aventure du maquis de Diawara, avec un Ikoko, qui joue les médecins en faisant des piqûres à des jeunes abusés par ces fumeurs de chanvre ».

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 Ange DIAWARA

Le Commandant Marien Ngouabi, proclama « la fin des guérilleros ».

Le piège de Kinshasa

Les révolutionnaires sous la conduite de leurs chefs, Diawara, Ikoko et Bakékolo, s’étaient repliés à Kinshasa acculés par l’offensive de l’APN (Armée Populaire Nationale), et finirent livrés au régime de Brazzaville, en échange des opposants zaïrois réfugiés à Brazzaville.

Des maladresses de Diawara et de ses compagnons expliquent cette fin tragique. Ils s’en étaient remis au bon accueil d’un dirigeant zaïrois, ancien lumumbiste recyclé dans le régime de Mobutu, qui leur offrit une planque. Mais les révolutionnaires dont Ange Diawara prirent contact avec Mama Poto-Djembo, la belle mère de Kader Diawara, l’oncle paternel de Ange Diawara. Ce dernier fit confiance à cette femme d’affaires représentante de Mercédès à Kinshasa, en se référant aux liens de « Bokilo » (belle famille), des traditions congolaises. Cette grande dame avisa sa fille, Tchibota Antoinette de la présence d’Ange Diawara pourchassé à Brazzaville, et caché à Kinshasa. Madame Tchibota entretenait une liaison coupable avec un dignitaire du régime, proche de Marien Ngouabi, et en charge des problèmes de sécurité. Il fut facile pour le régime de Brazzaville de conduire des investigations qui permirent au régime de Mobutu de repérer les réfugiés, de remonter à la cache des révolutionnaires Congolais. Rapidement le pouvoir de Brazzaville s’en fut négocier avec Mobutu une criminelle transaction : échanger Diawara et ses compagnons contre des opposants zaïrois installés à Brazzaville.

Ange Diawara et ses compagnons furent livrés aux autorités congolaises, Jean-Pierre Olouka ayant déjà été arrêté, dans les environs de Brazzaville, et fusillé après moult tortures sans livrer aucune information. Diawara, Ikoko, Bakékolo et des jeunes furent transportés en hélicoptère jusqu’à l’Etat Major de l’Armée, dans l’enceinte de la résidence du Commandant, Marien Ngouabi.

Des confidences rapportent que le Président Marien Ngouabi tenta de discuter avec Ange Diawara et Jean-Baptiste Ikoko sans succès. Les anciens membres du comité central du PCT, devenus dirigeants du M22, livrèrent leur opinion à Ngouabi sur  » le pouvoir fantoche de Brazzaville, piloté par une OBUMITRI (Oligarchie Bureaucratico-Militaro-Tribales, alliée de l’impérialisme français) ». Ces propos excédèrent Ngouabi, qui souffleta Diawara. Ce dernier lui cracha à la figure. Le Commandant Marien Ngouabi s’en retourna à sa résidence tout courroucé, surtout qu’il n’avait pu enregistrer aucune jérémiade de Diawara et Ikoko fiers de leur engagement révolutionnaire.

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 Jean-Baptiste IKOKO

C’en était trop, et Marien s’en alla chez lui, très étonné par cette attitude d’arrogance des gens qui devraient mourir.

L’armée protégea Diawara et ses compagnons.

Les révolutionnaires avaient bénéficié de la complicité des officiers et militaires congolais chargés de les capturer, qui leur indiquèrent les meilleurs moyens de briser l’encerclement, leur ouvrant un boulevard qui leur permit de s’en aller jusqu’à Kinshasa sans encombres. Ainsi l’armée protégea Diawara et ses compagnons, leur apportant même des vivres (boîtes de conserve). Ils espéraient ainsi à Kinshasa se refaire.

Ange Diawara, Jean Baptiste Ikoko et Jean Claude Bakékolo furent convoyés ensuite par des officiers congolais dont Henri Ondziel Bangui, Chef d’État Major de l’APN, et autres hommes de main comme Pascal Mouassiposso, spécialiste des coups tordus.

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  Jean-Claude BAKEKOLO

Ils furent froidement assassinés

Les dirigeants du M22 préalablement menottés furent froidement assassinés, dans les locaux de l’État Major. On leur taillada au sabre les muscles, les bras, les tendons, etc… et on transporta leurs corps dans un engin blindé sur la route du Pool, afin de monter une mascarade. Le régime prétendait ainsi les avoir abattus dans la forêt du Pool lors des combats. Puis, la Voix de la Révolution Congolaise (radio officielle) annonça urbi et orbi, la fin du maquis, et invita les populations de Brazzaville au Stade de la Révolution (actuel Stade Massamba-Débat) pour voir de visu les corps des maquisards et fêter « la victoire sur les forces du mal ».

Les Congolais purent se paître des images macabres. Le 24 avril 1973, les militaires dansèrent avec les cadavres, pour marquer la fin du maquis et de l’expérience de la Révolution Congolaise, engagée depuis les 13, 14 et 15 Aout 1963. Le 24 avril 1973 est un grand deuil, à double titre, la fin de l’expérience révolutionnaire, et celle des leaders de gauche.

Ceux des étudiants, installés en France, militants de l’AEC (Association des Étudiants du Congo) et de la FEANF (Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France), critiques vis-à-vis de cette expérience, se proclamant par ailleurs « anti-impérialistes conséquents » s’engouffrèrent en force dans le nouveau PCT. Tour à tour avec Ngouabi, Yhombi, et Sassou-Nguesso, alors que l’aile de gauche avait rompu les amarres depuis l’autocritique du M22, d’avec le parti des « phraseurs de gauche ».

L’actualité de l’Autocritique du M22

L’autocritique du M22 reste jusqu’à ce jour le rare texte politique écrit par des Congolais analysant avec brio le système politique qui gangrène la République du Congo, fondé sur l’OBUMITRI. Certains l’appelèrent un temps, cuvettisation, oyocratie, mboshisation. Sous le Président Lissouba, il y eut la bande des cinq : Moukouéké, Tamba-Tamba, Mbéri, Moungounga-Nkombo et Munari. L’OBUMITRI engraisse les cadres militaires et civils de l’espace d’origine du chef de l’Etat, la famille de Président de la République et les dignitaires des partis au pouvoir, tout en renforçant la mainmise de l’impérialisme français sur les ressources du Congo, bref enrichissant une nomenklatura qui trahit le peuple et ses intérêts vitaux.

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Jean-Pierre OLOUKA

Le 24 avril 1973, ou l’échec de la gauche a vu s’épanouir des régimes autoritaires de gabegie au Congo-Brazzaville. Que ceux qui cherchent les voies et moyens de sauver le Congo, s’inspirent de l’Autocritique du M22, afin d’avancer une analyse, qui remettra le Congo sur les voies du progrès, et de l’indépendance nationale. Le 24 avril 2011 invite en ce jour anniversaire, à un sursaut national.

Laurence Monique Mitenda

Le Gouvernement Congolais signe un accord avec des fermiers Sud-Africains, portant cession de 80 000ha des terres congolaises.

lpcuvofficielledef.jpgDéclaration de la Ligue Panafricaine du Congo-Umoja (LPC-U)

Suite à la cession par le Gouvernement Congolais des terres arables à des fermiers Sud-africains.

La Ligue Panafricaine du Congo-Umoja (LPC-U) exprime sa vive indignation et sa profonde désapprobation suite à la signature par le Gouvernement congolais et des fermiers Sud-africains réunis en société anonyme (Agri SA), ce 10 Mars 2011, d’un accord portant sur la cession par le Congo de 80 000 hectares (ha) de terres arables pour un bail de 99 ans.

En effet, à en croire le ministre des Affaires foncières et du Domaine public, Pierre Mabiala, au cours d’interview accordée à la radio France internationale (RFI), « il s’agira pour le Congo, au travers de cet accord, à la fois de réaliser l’essor de son agriculture, d’assurer sa sécurité alimentaire et de générer des emplois dans les départements concernés (Bouenza et Niari) ». Or, rien dans le ledit accord ne va dans le sens d’une quelconque obligation de transfert de techniques agropastorales aux paysans congolais, de l’emploi de jeunes autres qu’à des tâches subalternes ou de privilégier le marché national. De l’aveu même de Tho De Jager, Vice-président d’Agri SA, la partie sud-africaine n’est soumise à aucune obligation de ce genre.

Partout en Afrique où l’expérience a été tentée et ce, quels qu’en soient les partenaires (Chine, Corée du sud, Pays pétroliers arabes, Fonds de pension, Banques occidentales etc.), les produits issus de l’exploitation de ces terres sont surtout destinés au marché international.

La Ligue Panafricaine du Congo-Umoja estime que seule une politique agro pastorale et agro-alimentaire d’envergure, pensée et conçue dans un cadre panafricain peut sortir le Congo et l’Afrique de sa dépendance alimentaire. Cette politique au centre de laquelle sera mis le paysan africain donnera la latitude à nos gouvernements de mutualiser les moyens et de mieux repartir les investissements dans différents domaines inhérents à l’agriculture ; de la recherche agronomique en passant par la production, la transformation et la commercialisation de denrées agricoles.

http://www.dailymotion.com/video/xi9h0x

La souveraineté d’un Etat n’est pas une notion creuse, mais s’incarne par la maitrise de ses attributs (monnaie, ressources stratégiques, industrie, éducation…) par les peuples concernés. Par conséquent, plus que la sécurité alimentaire, les peuples d’Afrique ont besoin d’une souveraineté alimentaire. Car comment parler de sécurité alimentaire quand les détenteurs des exploitations agricoles n’ont que des motivations mercantiles, propices à l’exploitation des cultures d’exportation, contraire au métabolisme de base des populations ? Qui mieux que les populations peut garantir leur  propre sécurité alimentaire ?

Par ailleurs, il est inadmissible que le gouvernement ait décidé de façon unilatérale et opaque de céder nos terres pour une durée d’un siècle, sans qu’aucune force vive n’ait été au préalable consultée. La terre n’est pas un bien quelconque dont on peut disposer avec autant de légèreté. Faut-il en rappeler  le caractère sacré ?

Aussi, la LPC-U interpelle le gouvernement congolais mais aussi les autres gouvernements africains qui se sont lancés dans la marchandisation de ce patrimoine à des capitaux étrangers, du risque que l’Africain un jour soit dépossédé  de  ce qui lui reste : son sol. Etrangers sur les terres de leurs aïeuls, nos paysans n’auront d’autre choix que de grossir le nombre de miséreux dans les grandes villes, quand  ils ne se feront pas candidats à l’immigration clandestine sous des cieux de plus en plus inhospitaliers. Il est pour le moins irresponsable que les gouvernements africains, avec le passé qui est le nôtre (Yovodah, colonisation, néocolonisation etc.); déjà asservi sur notre propre territoire, soient si peu soucieux de préserver la souveraineté du continent encore lézardée depuis plus de quatre siècles.

L’histoire a la fâcheuse tendance à se répéter chez les peuples qui ignorent tout de leur passé ou qui n’en tirent pas les leçons pour édifier le présent et préparer l’avenir. La question de la terre a été au fondement de l’idéal panafricain, c’est pourquoi la Ligue Panafricaine du Congo-Umoja, se voit interpeller au premier chef. Car, l’histoire nous rappelle que six ans après la sinistre conférence de Berlin de 1884 qui consacra le partage de l’Afrique, Henry-Sylvester Williams (1869-1911), Avocat au barreau anglais, Afro-descendant de Trinidad et conseiller juridique sur des questions agraires auprès des chefs coutumiers d’Afrique australe, profita du contexte de l’Exposition Universelle de Paris pour convoquer en 1900 à Londres la Première Conférence Panafricaine, afin d’attirer l’attention de la Communauté internationale sur les doubles convoitises des émigrants Boers et de la Compagnie à Charte de Cecil Rhodes.

La non résolution de cette situation dénoncée très tôt par celui qui est l’un des pères du Panafricanisme, conduira aux deux régimes coloniaux et ségrégationnistes les plus longs et les plus féroces sur le continent africain : l’Apartheid en  Rhodésie (actuel Zimbabwé), et en Afrique du Sud.

Pour finir, qu’il ne soit pas vu dans cette déclaration un acte de xénophobie à l’endroit de nos frères d’Afrique du Sud. Seulement, nous sommes ici dans une situation toute particulière. Les fermiers dont il est question sont les mêmes, descendants des émigrants Boers, qui concentrent et exploitent  la majorité des terres arables, acquises illégalement par leurs aïeuls,  en Afrique du sud mais aussi dans d’autres pays de la sous-région. La Ligue Panafricaine du Congo-Umoja attire l’attention de l’African National Congress (A.N.C), parti panafricain actuellement au pouvoir en Afrique du sud,  de ce que la question de la réforme agraire à laquelle ce pays frère est confronté ne saurait être réglée en la sous traitant dans d’autres pays africains. La fibre panafricaine que la L.P.C-U.et l’A.N.C. ont en partage devrait orienter nos réflexions vers des solutions africaines concertées et consensuelles.

C’est maintenant ou jamais que les Nations soucieuses des droits humains doivent  défendre la dépossession des Peuples par des régimes illégitimes avec la complicité du capital, au lieu de n’avoir qu’une vision sélective quand ils réclameront leur patrimoine. Qu’il ne soit pas fait de procès pour racisme le jour où le peuple congolais, rétablie dans ses droits, exigera légitimement la restitution de ces 80 000 ha de terres, sans contrepartie; l’expérience de nos frères du Zimbabwe est suffisamment édifiante aujourd’hui.

La Ligue Panafricaine du Congo-Umoja veut rassurer le Peuple congolais de ce que le droit international reconnaît la nécessité de prendre en compte la nature du régime qui a contracté les dettes et cédé le patrimoine national, et l’utilisation qui en a été faite. Ce qui implique la responsabilité directe des créanciers et autres marchands qui ne peuvent pas ne pas savoir, qu’ils contractent avec des régimes illégitimes et anti-peuples.

Fait à Paris, le 31 mars 2011

Pour la Ligue Panafricaine du Congo – UMOJA (LPC-U)

Le Bureau Exécutif

Contact :

Site : http://lpcumoja.unblog.fr/

Mail : lipaco.33@gmail.com

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