24 Avril 1973 : la fin de l’expérience révolutionnaire au Congo Brazzaville. Par Laurence Monique Mitenda

24 Avril 1973 : la fin de l’expérience révolutionnaire au Congo Brazzaville

Par Laurence Monique Mitenda

 

Le 24 Avril 1973, fut un jour de tristesse, voire un drame pour l’extrême gauche révolutionnaire. Ange Diawara et ses compagnons qui ouvrirent un maquis dans la zone de Goma-tsétsé, (Pool) prolongeant la révolte du 22 février 1972, furent assassinés froidement.

On était en Avril 1973, le Président Marien Ngouabi annonça à l’ouverture d’un congrès de la Centrale Syndicale d’État (CSC), « …qu’avant la fin de vos travaux, on ne parlera plus de l’aventure du maquis de Diawara, avec un Ikoko, qui joue les médecins en faisant des piqûres à des jeunes abusés par ces fumeurs de chanvre ».

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 Ange DIAWARA

Le Commandant Marien Ngouabi, proclama « la fin des guérilleros ».

Le piège de Kinshasa

Les révolutionnaires sous la conduite de leurs chefs, Diawara, Ikoko et Bakékolo, s’étaient repliés à Kinshasa acculés par l’offensive de l’APN (Armée Populaire Nationale), et finirent livrés au régime de Brazzaville, en échange des opposants zaïrois réfugiés à Brazzaville.

Des maladresses de Diawara et de ses compagnons expliquent cette fin tragique. Ils s’en étaient remis au bon accueil d’un dirigeant zaïrois, ancien lumumbiste recyclé dans le régime de Mobutu, qui leur offrit une planque. Mais les révolutionnaires dont Ange Diawara prirent contact avec Mama Poto-Djembo, la belle mère de Kader Diawara, l’oncle paternel de Ange Diawara. Ce dernier fit confiance à cette femme d’affaires représentante de Mercédès à Kinshasa, en se référant aux liens de « Bokilo » (belle famille), des traditions congolaises. Cette grande dame avisa sa fille, Tchibota Antoinette de la présence d’Ange Diawara pourchassé à Brazzaville, et caché à Kinshasa. Madame Tchibota entretenait une liaison coupable avec un dignitaire du régime, proche de Marien Ngouabi, et en charge des problèmes de sécurité. Il fut facile pour le régime de Brazzaville de conduire des investigations qui permirent au régime de Mobutu de repérer les réfugiés, de remonter à la cache des révolutionnaires Congolais. Rapidement le pouvoir de Brazzaville s’en fut négocier avec Mobutu une criminelle transaction : échanger Diawara et ses compagnons contre des opposants zaïrois installés à Brazzaville.

Ange Diawara et ses compagnons furent livrés aux autorités congolaises, Jean-Pierre Olouka ayant déjà été arrêté, dans les environs de Brazzaville, et fusillé après moult tortures sans livrer aucune information. Diawara, Ikoko, Bakékolo et des jeunes furent transportés en hélicoptère jusqu’à l’Etat Major de l’Armée, dans l’enceinte de la résidence du Commandant, Marien Ngouabi.

Des confidences rapportent que le Président Marien Ngouabi tenta de discuter avec Ange Diawara et Jean-Baptiste Ikoko sans succès. Les anciens membres du comité central du PCT, devenus dirigeants du M22, livrèrent leur opinion à Ngouabi sur  » le pouvoir fantoche de Brazzaville, piloté par une OBUMITRI (Oligarchie Bureaucratico-Militaro-Tribales, alliée de l’impérialisme français) ». Ces propos excédèrent Ngouabi, qui souffleta Diawara. Ce dernier lui cracha à la figure. Le Commandant Marien Ngouabi s’en retourna à sa résidence tout courroucé, surtout qu’il n’avait pu enregistrer aucune jérémiade de Diawara et Ikoko fiers de leur engagement révolutionnaire.

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 Jean-Baptiste IKOKO

C’en était trop, et Marien s’en alla chez lui, très étonné par cette attitude d’arrogance des gens qui devraient mourir.

L’armée protégea Diawara et ses compagnons.

Les révolutionnaires avaient bénéficié de la complicité des officiers et militaires congolais chargés de les capturer, qui leur indiquèrent les meilleurs moyens de briser l’encerclement, leur ouvrant un boulevard qui leur permit de s’en aller jusqu’à Kinshasa sans encombres. Ainsi l’armée protégea Diawara et ses compagnons, leur apportant même des vivres (boîtes de conserve). Ils espéraient ainsi à Kinshasa se refaire.

Ange Diawara, Jean Baptiste Ikoko et Jean Claude Bakékolo furent convoyés ensuite par des officiers congolais dont Henri Ondziel Bangui, Chef d’État Major de l’APN, et autres hommes de main comme Pascal Mouassiposso, spécialiste des coups tordus.

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  Jean-Claude BAKEKOLO

Ils furent froidement assassinés

Les dirigeants du M22 préalablement menottés furent froidement assassinés, dans les locaux de l’État Major. On leur taillada au sabre les muscles, les bras, les tendons, etc… et on transporta leurs corps dans un engin blindé sur la route du Pool, afin de monter une mascarade. Le régime prétendait ainsi les avoir abattus dans la forêt du Pool lors des combats. Puis, la Voix de la Révolution Congolaise (radio officielle) annonça urbi et orbi, la fin du maquis, et invita les populations de Brazzaville au Stade de la Révolution (actuel Stade Massamba-Débat) pour voir de visu les corps des maquisards et fêter « la victoire sur les forces du mal ».

Les Congolais purent se paître des images macabres. Le 24 avril 1973, les militaires dansèrent avec les cadavres, pour marquer la fin du maquis et de l’expérience de la Révolution Congolaise, engagée depuis les 13, 14 et 15 Aout 1963. Le 24 avril 1973 est un grand deuil, à double titre, la fin de l’expérience révolutionnaire, et celle des leaders de gauche.

Ceux des étudiants, installés en France, militants de l’AEC (Association des Étudiants du Congo) et de la FEANF (Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France), critiques vis-à-vis de cette expérience, se proclamant par ailleurs « anti-impérialistes conséquents » s’engouffrèrent en force dans le nouveau PCT. Tour à tour avec Ngouabi, Yhombi, et Sassou-Nguesso, alors que l’aile de gauche avait rompu les amarres depuis l’autocritique du M22, d’avec le parti des « phraseurs de gauche ».

L’actualité de l’Autocritique du M22

L’autocritique du M22 reste jusqu’à ce jour le rare texte politique écrit par des Congolais analysant avec brio le système politique qui gangrène la République du Congo, fondé sur l’OBUMITRI. Certains l’appelèrent un temps, cuvettisation, oyocratie, mboshisation. Sous le Président Lissouba, il y eut la bande des cinq : Moukouéké, Tamba-Tamba, Mbéri, Moungounga-Nkombo et Munari. L’OBUMITRI engraisse les cadres militaires et civils de l’espace d’origine du chef de l’Etat, la famille de Président de la République et les dignitaires des partis au pouvoir, tout en renforçant la mainmise de l’impérialisme français sur les ressources du Congo, bref enrichissant une nomenklatura qui trahit le peuple et ses intérêts vitaux.

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Jean-Pierre OLOUKA

Le 24 avril 1973, ou l’échec de la gauche a vu s’épanouir des régimes autoritaires de gabegie au Congo-Brazzaville. Que ceux qui cherchent les voies et moyens de sauver le Congo, s’inspirent de l’Autocritique du M22, afin d’avancer une analyse, qui remettra le Congo sur les voies du progrès, et de l’indépendance nationale. Le 24 avril 2011 invite en ce jour anniversaire, à un sursaut national.

Laurence Monique Mitenda

 

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