Pierre EBOUNDIT interviewé par le Bulletin La Rupture.

Interview de Pierre EBOUNDIT au Bulletin « La Rupture », journal de l’association « LE CERCLE LA RUPTURE », publiée dans le numéro 7, du mois de juillet 2011.*

LA RUPTURE : Monsieur Eboundit, lorsque les Congolais entendent votre nom, ils pensent à votre implication dans le mouvement dit du M22, quel a été votre rôle au sein de ce mouvement dont les échos résonnent encore aujourd’hui ?

P.E. : Pour bien répondre à votre question, il est nécessaire de préciser ce qu’est le M22. Ce mouvement a été le point de jonction entre les militants progressistes du mouvement de masse (syndicats, organisations lycéennes et estudiantines, lumpenprolétariat …), et les éléments civils et militaires de la gauche du PCT (parti unique à l’époque), suite à la rédaction par Ange Diawara, Jean-Baptiste Ikoko, Jean-Pierre Olouka et Jean-Claude Bakékolo du texte « Autocritique du M22 » suivi de sa très large diffusion notamment par les réseaux de soutien aux fugitifs. J’ai été comme dans un orchestre de musique, celui qui a joué sa partition comme le suggérait le chef d’orchestre. Ma partition était de constituer d’abord des groupes de soutien puis des cellules du Mouvement et ceci en relation avec le directoire du Mouvement qui se trouvait à la campagne, dans la forêt proche de Goma-tsétsé. J’ai publié un livre intitulé « Le M22, une expérience au Congo, Devoir de mémoire » aux Éditions Ccinia Communication, dans lequel je relate dans les détails cette expérience.

LA RUPTURE : Quelles sont les leçons politiques que vous aviez retenues du M22 ?

P.E. : Le M22 a été pour chacun de nous (anciens du M22) une véritable école dans la connaissance des hommes, dans le rapport que les hommes peuvent avoir avec les idées, et aussi une école de la pratique politique. Cette question, à elle seule, peut faire l’objet d’un exposé aux implications multiples. Je ne vais vous en citer que quelques unes. L’une des leçons majeure est de bannir l’usage des armes de guerre comme moyens de résolution de nos contradictions internes. Notre pays a trop souffert des velléités des uns et des autres, il est grand temps de renouer avec les fondamentaux de nos ancêtres, qui consistaient à régler les différends dans la société par le dialogue, le débat. Pour cela, nous devons doter notre pays d’institutions démocratiques claires : Constitution incontestable, Parlement incontestable, Partis politiques patriotiques, tout ceci pour que la demande démocratique du citoyen se réalise dans un cadre juste. Une autre leçon est la lutte contre le tribalisme, matérialisée par la base sociale du M22 ; tous unis pour le même idéal, au-delà des origines ethniques des uns et autres et du rang social de chacun.

LA RUPTURE : Pensez-vous que les maux décriés en ce temps-là, par le M22 soient encore d’actualité ?

 P.E. : En effet, les questions de mauvaise gouvernance, d’injustice sociale, de domination de notre économie, de tribalisme, de besoins de formation, de réforme de la santé … restent d’actualité. Loin d’être résolus, ces problèmes se sont même aggravés. Par exemple, notre jeunesse est abandonnée à elle-même, elle connaît l’échec scolaire, le chômage des diplômés, et l’oisiveté.

LA RUPTURE : A votre avis, que devrait faire les hommes politiques pour juguler ces maux dont l’acuité ne cesse de tirer notre pays, et l’Afrique vers le bas ?

P.E. : Nous devons placer au cœur de nos revendications, l’exigence de justice sociale, disons plutôt de justice tout court. Pour réconcilier le pays avec lui-même, il faut être juste. Un pouvoir

Pierre EBOUNDIT interviewé par le Bulletin La Rupture. dans Général Pedro33-300x196

juste fédère, a contrario, un pouvoir injuste divise. Nous sommes pour l’égalité de tous devant la loi, quelles que soient nos origines, la conception philosophique et le rang social de chacun. Au niveau politique, nous devons aller vers plus de transparence, dans la gestion de l’État, dans l’organisation des élections, dans le choix de nos hommes politiques. Aujourd’hui, nous devons œuvrer à ce que la bonne gouvernance s’installe dans notre pays. Celle-ci va de pair avec la promotion

de l’État de droit, la participation et le contrôle démocratiques, la lutte résolue contre la corruption et l’impunité. La promotion de cette transparence va de pair avec l’esprit de responsabilité et le sens de l’éthique. En un mot, il faut doter le pays d’institutions fortes. Cela passe nécessairement par un changement des mentalités et des comportements des citoyens pour la prise en charge efficace des exigences de développement de notre pays.

LA RUPTURE : Est-ce pour aider à résoudre ces maux, que s’inscrit la création de la ligue panafricaine UMOJA, dont vous êtes le leader ? Que vise-t-elle ?

 P.E. : La Ligue a et aura sa part de travail pour aider le pays à sortir de ses difficultés. La première phase me semble-t-il est l’éveil des consciences, individuelles et collectives. N’oublions pas que la Ligue est une structure panafricaine, c’est-à-dire qu’elle travaille pour l’émergence à la tête de nos États des dirigeants panafricains, résolument défenseurs des intérêts africains. Nous devons donc convaincre nos concitoyens que la voie du salut passe par la construction des États-Unis d’Afrique, avec une Monnaie Unique Africaine, une Armée fédérale, un Gouvernement fédéral. Nous militons pour faire connaître et imprégner l’idéal panafricain dans nos sociétés, et nous travaillons à la restauration de la conscience historique nègre. Aussi, nous sommes porteurs d’un discours social non ethnique et qui donne la priorité aux intérêts du pays et du Continent, pour rassembler tous les Congolais sans distinction. Je dirais que notre façon de faire la politique est une révolution dans la manière d’appréhender, d’apprécier, d’expliquer et de résoudre les questions auxquelles nous sommes confrontés. Le panafricanisme est pour nous le bouclier contre tous les prédateurs qui convoitent notre terre et nos richesses minières, un rempart contre le tribalisme et tous les maux qui gangrènent nos sociétés.

LA RUPTURE : Ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui, il est plus que nécessaire de constituer un front des forces progressistes réunissant les acteurs politiques qui souscrivent aux idées de panafricanisme, de lutte contre le tribalisme, de souveraineté véritable…. ? Ne doit-on pas passer de la politique ethnique à la politique d’idées tout simplement ?

 P.E. : En ce qui nous concerne, nous ne nous sommes jamais compromis avec le tribalisme, ni avec une politique ethnique quelle qu’elle soit. La nécessité d’un front de progrès s’impose à toutes les formations progressistes aujourd’hui. Mais quel est le contenu que chacun, ou que chaque formation confère au mot « Progrès » ? Pour notre part, il est illusoire et même intellectuellement malhonnête de faire croire que le Congo dans sa délimitation géographique actuelle, héritée des indépendances nominales des années soixante, soit une entité politique, économique viable pour entrer dans le concert des nations. Le pays peut-il avoir une politique de soutien à ses paysans face à ceux des États-Unis d’Amérique ou de l’Union Européenne qui obtiennent des subventions substantielles pour leurs revenus ? Le Congo a-t- il la capacité d’avoir une industrie de qualité sur les télécommunications, sur le médicament ? Faire cavalier seul, dans le cadre des micro-États actuels est de notre point de vue suicidaire. Il faut mutualiser nos moyens, et dans le cadre d’un État fédéral.

LA RUPTURE : Pour finir, que pensez-vous de l’avenir de notre pays ? Y’a t’il une issue à la fuite en avant du régime actuel ?

 P.E. : L’avenir de notre pays dépendra du niveau de la prise de conscience individuelle et collective face aux problèmes et aux enjeux auxquels nous devons faire face. Quels sont les clés de la réussite ? Comme je l’ai déjà signalé, il faut que les mentalités changent, pour cela il est fondamental de développer la conscience panafricaine chez chacun de nos compatriotes, et de leur enseigner notre appartenance, tous que nous sommes, à l’unité culturelle africaine bantoue. Aussi, il faut faire prendre conscience de l’idéal panafricain, de notre unité et ceci, dans la perspective de la construction d’un État Fédéral Africain. Il nous faut aussi éradiquer la pauvreté : par l’intensification de l’agriculture vivrière cultures maraîchères élevage, pisciculture…, par la transformation de nos matières premières sur notre territoire, (notre pays regorge de pétrole et de minerais divers), par la création des industries de transformation, ce qui nous permettra de lutter efficacement contre le chômage de la jeunesse.

En conclusion, il y a des leviers possibles pour sortir nos populations de la misère et de l’ignorance, et ces clés du possible sont : la justice, la transparence dans la gestion des affaires de l’État, l’organisation d’élections libres, la lutte contre la corruption, l’impunité, le népotisme et le tribalisme, clés obligatoires et possibles pour un changement qualitatif du Congo et de l’Afrique.

* http://www.cercle-larupture.com/mensuel/Bulletin_La_Rupture_N7_juillet_2011.pdf.

© pierreboundit – 02 nov 2011

 


2 commentaires

  1. souvenirs19 dit :

    Vrai : l’Union fait la force
    Vrai : l’Afrique est un grand et riche continent
    Vrai : les Africains unis et chassant les corrompus-corrupteurs pourraient être libres
    Pas nécessaire de vouloir dominer les autres !
    seulement être maîtres chez soi comme tous les peuples du monde…

    Bonne chance !
    Cordialement
    Anne

    Dernière publication sur Je me SOUVIENS... : FRERES ennemis etc...

  2. pierreboundit dit :

    Souvenirs19
    Nous n’avons pas l’ambition de dominer les autres. Une Afrique forte est nécessaire pour éradiquer la pauvreté, le chômage des jeunes et arrêter le départ de ces derniers du Continent vers l’Europe occidentale. En effet, nous voulons simplement être maître chez nous !
    Pierre E.

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