22 février 1972, le M22 a 40 ans ! par Obambé Gakosso.

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22 février 1972, le M22 a 40 ans !

23 02 2012

22 février 1972, le M22 a 40 ans ! par Obambé Gakosso. dans Histoire images3-94x150BIEN QUE 40 ANS SE SOIENT écoulés depuis le Mouvement du 22 février 1972, force est vraiment de constater que ce mouvement est très mal connu des Congolais en particulier, et même des Africains passionnés d’histoire en général. Pourtant, il est un des rares, sinon le seul mouvement politique congolais qui en ce temps-là, avait transcendé les clivages tribaux pour mettre au centre véritablement les questions des Congolais dans leur ensemble, sans la moindre distinction de tribus, de districts, de PCA (Petite commune administrative) et encore moins de région.

LE CONTEXTE DE L’ÉPOQUE était très particulier. Nous étions non seulement en pleine Guerre froide avec un monde quasiment bipolaire, même si certains pays se disaient non-alignés. En réalité, à l’époque, beaucoup de ces pays se rangeaient soit derrière le Bloc de l’Ouest qui avait pour chef de file les USA, soit derrière le Bloc de l’Est avec comme leader incontesté l’URSS. Le Congo de l’époque est dirigée par un jeune (30 ans en 1968) chef de l’État, le plus jeune qui ait accédé à cette fonction, Marien Ngouabi. Il a le le grade de commandant au sein de l’armée congolaise. La ligne politique du Congo est claire: on est rouge. Le Congo a opté pourDrapeau-150x85 dans Libres Opinions un socialisme dit Bantu sous le président Alphonse Massamba Débat (1963-1968). Le marxisme bat son plein. Il est enseigné. Pour dire vrai, le président Massamba Débat (né en 1921) a entraîné dans ce mouvement par les jeunes qui l’entouraient: André Hombessa (né en 1935), Ambroise Edouard Noumazalaye (né officiellement en 1933), Pascal Lissouba (né en 1931) pour ne citer que ces trois-là ont poussé leur aîné de président à prôner pour cette ligne politique. Malgré le départ de Massamba Débat et la disparition de son MNR (Mouvement national de la Révolution) au profit du PCT (Parti congolais du travail), le pays reste rouge.

Diawara dans PolitiqueAnge Diawara

DANS LES FAITS, LA PRATIQUE quotidienne du pouvoir est diamétralement opposée aux discours sans cesse répétés par les membres du Bureau politique (B.P.) et du Comité central (C.C.) du parti au pouvoir. Le Congo est véritablement un pays capitaliste à la solde de ce même impérialiste tant décrié et honni au quotidien. Dans les discours, évidemment…La jeunesse congolaise d’alors est très politisée et elle qui est élevée depuis le sein maternelle aux luttes d’indépendance, elle qui se sent solidaire des mouvements de révolution de par le monde a du mal à comprendre ce double jeu auquel s’adonne sans la moindre vergogne une partie de l’élite politico-administrative* au pouvoir. Si Marien Ngouabi, aux dires de quasiment tous les témoignages, ne peut à aucun moment être soupçonné d’être un homme d’argent, un homme baignant dans le luxe, bien au contraire, une partie de son entourage ne se gêne pas pour se servir devant la moindre caisse publique à portée de main.  La société postcoloniale est dans une forme éblouissante et en final de compte, la mise en place d’une société socialiste devient une chimère. C’est dans ce contexte qu’un homme, Ange Diawara (1942-1973) se distingue sur bien des plans. Marxiste convaincu, il est très populaire au sein de la jeunesse congolaise. En 1964, il arrête ses études de sciences économiques pour mettre en pratique les idéaux de la « Révolution » des 13/14/15 août 1963 qui avait causé la chute du président Fulbert Youlou. Il s’illustre au sein de la Défense civile (D.C.) et sera même membre de la Garde présidentielle de Massamba Débat. En 1968, lorsqu’il faut choisir entre le président et le jeune capitaine Ngouabi, il choisit le second camp. Je mets une pause là pour mettre déjà évidence le caractère pas du tout tribaliste ni régionaliste de cet homme car la facilité que nous observons souvent au Congo aurait du l’entrainer à opter pour le premier camp…

 

images4-150x144Pierre Eboundit, signant son ouvrage

VICE-PRÉSIDENT du CNR (Conseil national de la Révolution) en août 1968, il est aussi membre du Conseil d’État**. Suite au départ du président Massamba Débat, la D.C. est dissoute et Diawara est reversé dans l’armée. Il a le grade de lieutenant. Il se retrouve aussi membre du B.P. du PCT. En 1970, il est nommé ministre du Développement, chargé des Eaux et Forêts. Constatant par lui-même le fossé abyssal entre le discours et les actes, il se met à fustiger l’embourgeoisement de certains de ses camarades. Très courageux, il couche tout cela par écrit et ses tracts sont distribués dans le pays. Continuant par le verbe, lui et certains qui font le même constat que lui tentent de rendre Ngouabi minoritaire à l’occasion d’un congrès extraordinaire du PCT (décembre 1971). Les grèves estudiantines de novembre 1971 (auxquelles Diawara n’était pas étranger, bien au contraire !) ont fait très mal au régime en place. L’entreprise tourne court et il ne fait plus partie ni du gouvernement ni du Conseil d’État. Ayant échoué par le verbe, le dialogue, le débat etc., Diawara estime que seule la lutte armée peut permettre de gagner le combat. C’est ainsi qu’est crée le M22 où l’on retrouve nombre de ses camarades, jeunes et moins jeunes. C’est là qu’il crée le concept demeuré célèbre d’OBUMITRI qui signifie Oligarchie bureaucratique militaro-tribaliste. « M » pour Mouvement, 22 pour 22 février. Nous sommes en 1972 et comme dirait dans les années 90 François Mitterrand à l’occasion de la première Guerre du Golfe, Les armes vont parler. Hélas ! les trahisons l’emportent sur les convictions chez certains camarades et le pouvoir en place l’emporte également sur ce terrain. C’est l’hécatombe et le destin de Diawara est scellé comme celui de l’artiste engagé Franklin Boukaka, comme celui d’Elie Itsouhou, comme celui de Jean-Pierre Olouka, comme celui de Jean-Baptiste Ikoko, comme celui de Jean-Claude Bakékolo etc. Ils sont tous exécutés et le pouvoir de Ngouabi poussera le vice jusqu’à exposer certaines de leur dépouilles mortelles devant une foule qui, comme droguée, se délecte de ce spectacle macabre. D’autres militants qui survivront passeront par la case torture et le livre d’entretiens de Pierre Eboundit*** (ancien M22) revient sur cette page de l’histoire contemporaine de l’Afrique.

 

 

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Goma Tsé-Tsé, lieu où Diawara et ses camarades avaient établi leur maquis

POUR UNE MEILLEURE  grille de lecture de ces événements, on ne peut faire l’économie de lire d’acheter et de lire le livre**** paru chez L’Harmattan récemment. Il est question de l’autocritique du M22. L’autocritique est un exercice très délicat auquel les Hommes n’aiment pas beaucoup se livrer et pire encore les Hommes politiques. Comme le veut cette expression française populaire, C’est toujours la faute à les autres ! On n’assume pas, on ne se remet pas en cause, on rejette tout et son contraire sur les autres. Ses erreurs propres ? Elles n’existent pas ! On est Dieu le père, sans tâches et sans reproches. Il suffit de voir et si possible de discuter avec les dirigeants qui ne sont plus aux affaires : ils n’ont jamais commis d’erreurs. Leurs choix ont toujours été pertinents à les entendre. Le fait que le pays soit dans un très mauvais état (économie, santé, éducation, justice, pour ne citer que cela) ? C’est la faute aux successeurs ! En leur temps, c’était forcément mieux. Le M22 se démarque en expliquant  d’abord pourquoi ses membres avaient pris les armes (on ne peut pas approuver, c’est une autre question). Il explique ensuite pourquoi l’échec a été aussi cuisant. Ce livre est un document essentiel de notre histoire. L’avoir dans sa bibliothèque (après l’avoir lu, évidemment !) ne serait pas du luxe.

 

Obambé GAKOSSO, February 2012©

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* : En fait, je pense même que le « politico-administrative » n’a pas vraiment de sens car à l’époque, les mots d’ordre étaient clairs: Le parti dirige l’État, disait-on

** : Selon Wikipedia

*** : Livre d’entretiens avec Diogène Senny, professeur de gestion, postface de Bernard Boissay, professeur de philosophie à la retraite et ex-militant du M22

**** : Autocritique du M22 le Mouvement Révolutionnaire du 22 Février 1972 au Congo Brazzaville, L’Harmattan, collection Racines du présent, décembre 2011, 11€40; par A. Diawara, J.-P. Olouka, J.C. Bakékolo, J.-B. Ikoko

© pierreboundit – 23 février 2012.

 

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