Je suis « Kofi Jicho Kopo « , et je suis fier d’être AFRICAIN !

LIBRE OPINION – LIBRE OPINION – LIBRE OPINION

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Je suis « Kofi Jicho Kopo « , et je suis fier d’être AFRICAIN !

 Hotep !

 Mon nom est Kofi Jicho Kopo, j’ai 18 ans et je suis un Kamite de la Martinique, cependant Je ne me suis pas toujours appelé « Kofi « . Auparavant je me nommais « Dimitri Villeronce « , étant descendant d’esclaves, je tenais certainement mon nom famille du maître qui possédait mes ancêtres ou d’un quelconque béké. Je vais tenter d’expliquer comment, pourquoi et dans quelles circonstances j’ai changé de nom.

 J’habite une ile profondément marquée par l’esclavage et ses stigmates. Elle se compose de 90% d’afro-descendants, mais, très peu reconnaissent leur appartenance au peuple africain… Et cela pour plusieurs raisons : pendant l’esclavage , les colons se sont attelés à nous briser mentalement, en nous inculquant le fait que nous ne retournerions jamais en l’Afrique et que nous mourrions très certainement dans les plantations… La division des peuples étaient prônée par le biais des méthodes de Willy Lynch, qui consistaient à opposer l’esclave foncé à celui à la peau claire, l’africain natif à l’esclave créole et vice versa.

 Depuis l’abolition, les dires, les images et les films donnent une image péjorative de l’homme africain, celle d’un homme sauvage non civilisé ou encore cannibale. Cette vision provoque le rejet de leur racine par les afro-descendants. De même, les propagandes impérialistes véhiculées dans les écoles sont un facteur de rejet. On enseigne « nos ancêtres, les gaulois «  aux Antilles, ou plus d’actualité  » Les Roi africains, non civilisés ont vendu leur frères pour des pacotilles « . Ce dernier énoncé est non seulement un facteur de division mais aussi d’animosité.

 Cependant, Le chef de fil de la Négritude Aimé Césaire n’aura de cesse de pousser les Martiniquais à renouer avec leurs racines africaines. Malheureusement, son discours ne touchera sans doute que les élites de la Martinique et non les masses. Son discours sera alors supplanté par celui des chefs de fils de la Créolité qui prônent le métissage comme identité martiniquaise. Selon eux, la culture et l’individu antillais seraient un mélange européen, asiatique et africain. Au sujet de ce mouvement, Césaire dira je cite  » je n’ai rien contre le mouvement de la Créolité mais je me demande s’il ne s’agit pas d’un rejet secret de l’Afrique ? L’histoire lui donnera raison, la Créolité n’a évidement pas réglée les problèmes d’aliénation de la société antillaise. De nos jours, les individus les plus foncés de peau sont toujours aussi méprisés tandis que les plus clairs (les chabins ) sont des modèles de beauté. A l’école, les doctrines de Césaire ne sont quasiment pas étudiées sous prétexte qu’elles seraient trop compliquées ou parce que la Créolité serait un dépassement de la négritude. Ainsi, c’est dans cette société que j’ai grandi.

 Je vais tenter de vous dresser un portrait le plus honnête que possible de moi-même avant ma rencontre avec l’Afrocentricité… Dans cette société, je le rappelle, le modèle de beauté parfait serait un individu le « chaben kouli zié klè «  c’est à dire le noir à la peau claire, aux cheveux « bouclés » et aux yeux de couleurs. Évidement beaucoup d’individus antillais dont moi-même ne ressemblons pas à ça. C’est ainsi, que beaucoup d’entres nous avons grandi complexés. Dans mon enfance comme beaucoup, je couvrais mes cheveux d’une couche épaisse de vaseline pour les rendre moins crépus, mon nez camus était souvent l’objet de moqueries quand j’étais au primaire; j’en ai gardé le complexe. Il m’arrivait parfois de serrer le nez pour qu’il paraisse moins large. Parfois comme beaucoup, j’évitais d’aller au soleil ne pas paraître trop noir.

 C’est au collège que j’ai entendu parler de l’Afrique pour la première fois. C’était en 5ème, durant un cours d’histoire orchestré par un professeur blanc. Il nous apprenait que les européens étaient venus en Afrique pour civiliser les noirs, pour leur venir en aide, et que les rois africains, considérés comme sauvages nous avaient vendu contre des pacotilles. Par la suite, surtout au lycée, j’ai eu la chance de rencontrer des professeurs imprégnés de négritude qui nous ont transmis un peu de leur savoir. Grace à ces découvertes, j’ai commencé à assumer ma négritude, mes cheveux et mes traits. Je me suis mis à participer à des pièces de théâtre sur le  » bwa kayman «  ou  » Women, l’esclave « . Cependant, les préjugés que j’avais sur l’Afrique n’étaient pas dissipés car ils étaient encrés en moi depuis mon enfance. En Afrique, mes camarades et moi ne voyions toujours qu’une vaste étendue sauvage peuplée de gens non civilisés, on avait l’image de Tarzan ou de Kirikou. On n’aurait jamais pu imaginer les grandes villes ou les buildings de Kinshasa, on avait l’image de la foret du Roi Lion. On n’aurait encore moins pu imaginer que dans l’Afrique post coloniale, il y ait eu des Empires, des Royaumes ou encore des Chevaliers.

 Mais un jour, un homme est venu briser notre conception des choses … Cet homme se nomme « Jean Philippe Omotunde « . Un jour, ou j’étais en retard en cours, j’ai croisé une amie professeur d’histoire qui m’a averti qu’il y avait une conférence sur l’esclavage dans la salle d’audio. J’ai fait le choix hasardeux d’aller dans cette conférence plutôt qu’en cours… C’est surement le meilleur choix que j’ai fait dans ma vie, « JP Omotunde  » nous a ébloui mes camarades et moi. Il nous a dit l’impensable, que l’Afrique était à la base de toute civilisation, que les égyptiens anciens étaient noirs, eux que nous avions toujours vus représentés de couleur blanche. Il nous a appris que nos ancêtres avaient civilisé les grecs et qu’en Afrique nous n’avions jamais été de pauvres sauvages. Je dois admettre que cette rencontre est un point d’éveil pour moi.

Quelques temps après cette conférence les propos de « JP Omotunde  » ont trotté dans mon esprit, je me suis mis à faire des recherches sur l’Égypte, je me suis rendu compte de la grandeur de l’histoire négro-africaine et du fait que tout Kamite devait être fière de ces origines. Je me suis également mis à réfléchir sur le fait qu’on ne nous avait jamais rien appris de cette histoire à l’école. Fait déplorable, étant donné que les martiniquais sont à 90% Afro-descendants. D’ailleurs on ne nous avait rien appris sur l’histoire même de la Martinique, non plus. Beaucoup de Martiniquais partent du lycée sans même être capables de restituer les 34 communes de l’ile mais en connaissant tous les pays et les capitales d’Europe. Le programme scolaire est 100% eurocentré.

C’est pour cela, qu’après mon Bac, je ne souhaitais plus retourner dans une école normale où on me forcerait à apprendre l’histoire des leucodermes (les blancs) sans jamais me parler me parler de la mienne. Je suis donc allé dans une école d’arts Caribéens. Malheureusement, l’école se situait au cœur du milieu défavorisé de la capitale, un réservoir à jeunes désœuvrés et au trafic de drogue. Ce qui m’a conduit à arrêter l’art très tôt, et à m’orienter vers une licence de langue et culture caribéenne en Octobre. Cependant l’université refusait de m’accepter dans leurs rangs avant le mois de Janvier !

J’étais donc coincé chez moi pour quatre mois sans aller à l’école, cependant je jure qu’ils ont été les plus instructifs de ma vie. Plutôt que d’aller à la plage ou de faire la fête tous les jours, j’ai récupéré le temps perdu, j’ai découvert qui étaient Malcom X, Martin Luther, Marcus Garvey et Mohamed Ali, eux que je ne connaissais que de nom. Puis, j’ai cherché à connaitre Fanon et Césaire, héros de mon pays, dont les noms résonnent tous les jours dans nos oreilles mais pas les doctrines. C’est pendant cette période que j’ai découvert la page « African History-Histoire Africaine ». Elle m’a permis de m’initier à des héros qui m’étaient jusque là inconnus comme  » Thomas Sankara et Lumumba  » ou encore de découvrir la grandeur de l’Afrique impériale et la philosophie de nos ancêtres de la vallée du Nil. Tout cela, me donnait envie de faire en sorte que les Kamites de la Caraïbe puissent tous s’assumer en tant qu’afro-descendants. Alors, je me suis mis à chercher des traits culturels communs entre Afrique et Caraïbe. Et j’ai été étonnamment surpris…

Que ce soit des points de vue linguistiques, religieux, artistiques ou de notre vision du monde, il y a des similitudes étonnantes. Laissez moi vous faire un petit exposé non exhaustif. Dans le milieu linguistique on peut dire que le « créole  » est une langue à syntaxe de type africaine mais à vocabulaire majoritairement européen. Néanmoins, dans la chanson traditionnelle « Marie-jeanne » de ti emile on peut entendre la phrase suivante  » Marie jeanne, Man ka lélé kalalou ba’w «  (marie jeanne, je remue le calalou pour toi). Le pronom personnel « Man » = Ce n’est pas sans rappeler la première personne de langue ga ou celle du wolof. « Ka » est un marqueur d’aspect progressif comme dans la langue bambara. Lélé pourrait venir du mot « lela » qui signifie bercer en kikongo comme le suggère « Ama Mazama ». Le Calalou est un plat béninois conservé aux Antilles. Ba signifie « Pour /donner «  comme en « kimbundu » ou en « fon ». Pour finir « wou et ou » signifie « tu » en créole ressemble au « wo » (tu) en langue ga. Remarque « tu es «  se dit « ou yé «  en créole comme dans la langue basa du Cameroun.

Du coté religieux, on retrouve en Martinique, le vaudou sous une forme clandestine et dépréciée nommée le  » Kenbwa » qui se prononce Quimbois. Il correspond à un ensemble de pratiques et de croyances magiques faisant appel à une conception africaine de la réalité. Toutefois, même si le christianisme semble être la religion dominante, l’antillais est habité par une foi qui n’est pas chrétienne mais africaine. Un homme d’une quarantaine d’année me racontait que quand il était plus jeune et qu’on l’envoyait chercher des plantes pour le thé, il fallait demander pardon à la plante avant de l’arracher. Dieu est d’abord pour l’antillais celui qui protège du mal, que ce soit la maladie, l’insuccès à un examen ou d’un accident de voiture. Par ailleurs, on peut noter la préservation de yémanja, sous le nom de « Manman dlo » (mère de l’eau) en Martinique avec laquelle les pêcheurs expérimentés négocient les choses de l’eau. Remarque elle est connue en Afrique de l’ouest sous le nom de « mamy wata » (mère de l’eau ?). Il y aussi  » Papa diab » une divinité portant des cornes et des miroirs, originaire du Sénégal conservé à l’intérieur du carnaval.

Dans la tradition orale, on peut noter que le conte traditionnel martiniquais « Compè Lapin » montre aussi des origines venues d’Afrique. « Compè Lapin », cousin de Br’er Rabbit aux États-Unis (ayant donné naissance au monde de Bugs Bunny) vient de l’histoire d’Afrique de l’Ouest du lièvre connu au Sénégal sous le nom de Leuk. On remarque aussi l’importance des proverbes « sé an lanmen ka lavé lot’ » (Seules deux mains peuvent se laver parfaitement, Niger).

Ainsi, la découverte de tous ces éléments m’ont conforté dans l’idée que moi, martiniquais je faisais bien partie de la grande famille africaine. Fort de cette idée , je me suis rappelé de cette discussion que j’avais eu avec l’un des administrateurs de la page d’African-History que me conseillait vivement de rencontrer la guadeloupéenne « Ama Mazama  » chercheuse en histoire africaine et mambo. Justement, elle faisait une intervention dans la capitale sous le thème « l’importance du nom « . Je m’y suis donc rendu seul (mes parents ne partageant pas vraiment mes opinions). La rencontre se passait dans le restaurant « O portes d’Afrique  » à Fort de France.

Arrivé, au restaurant, je fus ébahi devant sa beauté, il semblait inscrit dans la nature, un peu comme une sorte de grande cabane au milieu des feuillages. La petite salle était déjà pleine quand je suis arrivé. Il devait y avoir une cinquantaine de personnes. Soudain, j’ai reconnu mon amie professeur d’histoire dans la salle, elle me souriait, je me suis dit que c’était surement un signe du destin. Tout de suite, on m’y très à l’aise, un monsieur âgé me dit :  » man kontan wè’w la, ou sav sé zot ki ka vini apré » (je suis content de voir des jeunes ici car c’est vous qui prendrez notre succession).

Une fois, Ama Mazama arrivée, la conférence a commencé. Elle nous a expliqué l’importance du nom pour nous africains, en insistant sur le fait que le nom était censé nous représenter, dire qui on était ou encore raconter le jour de notre naissance. Elle nous fit comprendre qu’un chinois ne pouvait arriver là et nous dire qu’il s’appelle  » Pierre ou Christophe  » sans qu’on trouve ça ridicule et qu’il en était de même pour l’homme africain. Nous devions vaincre l’aliénation qui nous pousse à garder ces noms qui ont été choisi par les maitres de nos ancêtres et prendre un nom qui nous représente vraiment en tant que Kamites. J’avoue que ces paroles m’ont transcendé et je me suis décidé à prendre un nom africain. A 19h, ce jour la, pour ceux qui le voulaient, Ama Mazama organisait une « cérémonie du nom » sur la plage de Sainte Marie, lieu réputé en Martinique pour sa forte concentration spirituelle. Pour obtenir un nouveau nom ont devait lui communiquer sur un petit papier notre jour de naissance et la façon dont on se percevait ou encore la personne qu’on aimerait être. Sur le mien, j’avais écris « je voudrais être celui qui ouvre les yeux du peuple ».

Cependant, Je n’ai pas le permis alors une dame s’est gentiment proposée de m’y emmener.

Nous y sommes arrivés vers 18 heures, il faisait déjà nuit. Il nous avait été recommandé de nous vêtir tout de blanc, avec des « maré tèt «  blanc (headwrap) pour les femmes. Ce fut une nuit inoubliable pour moi, je me souviens qu’il pleuvait beaucoup pourtant le feu de bois que nous avions allumé sur la plage tenait bon. Ama nous rassura en disant que pour nous la pluie était un symbole de renaissance et non de mauvaise augure.

Elle nous donna un papier ou était écrit notre ancien nom au sommet et notre nouveau nom au-dessous .Ensuite, on s’est tous réuni autour du feu, je me souviens que le bruit des tambours qui nous accompagnaient était envoutant. Pendant ce temps, Ama préparait une sorte de liquide avec lequel ont devrait par la suite se laver. Je me suis senti connecté à l’univers à ce moment là, les tambours, le bruit des vagues, le sable sous mes pieds faisait battre mon cœur au même rythme que les tambours. On aurait presque dit que les tambours parlaient. Chacun au moment où il se sentait prêt allait près du feu avec le papier qu’elle nous avait remis. Il le donnait à Ama et elle lisait son nouveau nom, puis il déchirait la partie avec son ancien nom et la jetait au feu. Puis il se levait et criait son nouveau nom à l’assemblée qui répondait « ASHE ! » (Qu’il en soit ainsi).

Je regardais avec admiration ce grand événement, il y avait des gens de tout âge, bébés, adultes et personnes âgés. Un homme qui était a coté de moi, m’a dit lorsqu’un enfant allait changer son nom avec sa mère :  » Tu as 18 ans, tu as fais ce choix tôt, tu es déjà en avance sur beaucoup ici ! » Mais, comparé à cet enfant on l’a tous fait très tard.

Quand je me suis senti prêt, je me suis avancé vers le feu, j’ai tendu à Ama le papier, elle m’a donné le liquide avec lequel j’ai lavé mes avant bras et mon visage. Puis j’ai jeté au feu mon ancien nom. Elle m’a alors dit « Nom’w sé Kofi Jicho Kopo (ton nom est Kofi Jicho Kopo) maintenant vas y « . Je me suis levé dans un élan d’adrénaline et j’ai crié à la foule  » Nom mwen sé Kofi Jicho Kopo » (mon nom est Kofi Jicho Kopo). Je me sentais comme un noir marron qui brisait ses chaines et ils ont tous répondu (ASHE !).

Étant né un vendredi, j’ai naturellement reçu le nom Kofi en référence au peuple Akan, puis comme j’avais demandé à être celui qui ouvre les yeux j’ai reçu le nom de « Jicho Kopo » en swahili.

Une fois, la cérémonie terminée nous avons été invité à une réception …J’avoue que je n’avais pas vraiment le cœur à manger. Je me sentais vraiment différent comme ci j’étais chargé d’énergie spirituelle. Quand je suis rentré chez moi ce soir là, j’avais l’impression que rien ne pouvait m’arrêter ça a duré plusieurs semaines. Comme l’avait dit Ama , ce nom avait désormais une influence sur ma vie, je me sentais obligé de partager mon expérience avec tous ceux que je croisais à fin de leur ouvrir les yeux.

Évidement, tout le monde n’a pas compris mon geste, On m’a traité de « Satan » ou de  » personne gagée «  (personne qui ont vendu leurs âmes) mais je ne me suis pas laissé démonter. J’ai assumé mon nom et mon acte.

Le seul moment ou je n’ai pu rien faire, c’est quand je me suis inscris à l’université, j’ai du m’inscrire sous mon ancien nom et accepter que les profs m’appellent ainsi. C’est ce qui a été le plus dur. Par ailleurs, au campus je me suis heurté de nouveau aux idées de la Créolité évoquées plus haut et à ce rejet de l’Afrique de la part des profs. J’ai du demander conseil à une amie de 17 ans qui a vécu la cérémonie comme moi et elle m’a dit :  » l’important c’est que nous on sache qui on est, peu importe qu’ils nous appellent comme ça ou autrement on sait qu’on est des Kamites et on en est fier ! »

Depuis, je lutte pour rester toujours hors de l’aliénation et pour aider tous ceux que je rencontre à en sortir. Je terminerai sur une citation de Malcom X  » Jusqu’ici aucun n’effort n’a été faite pour unir les Afro-Américains avec les Afro-Carïbéens et ensuite ces 2 communautés avec la communauté Africaine, puis cette ensemble avec les communautés noirs d’Asie. Cela n’a jamais pu se faire jusqu’ici et c’est cela qui fait peur à beaucoup de gens «  !

Merci de votre attention, je suis « Kofi Jicho Kopo «  et je suis fier d’être AFRICAIN !

 

HOTEP.

 

 


Un commentaire

  1. David Bourguin dit :

    Bonjour,
    je suis d’accord à 95% avec ce qui est dit ici, si ce n’est plus… Cette démarche d’ordre culturel est un choix personnel libre tout à fait respectable. Les grandes religions ont été instrumentalisées pour assouvir des soifs de conquêtes. Je doute fort que Jésus ait souhaité tous les crimes commis en son nom et l’acculturation qui allait de pair. Processus de domination oblige, l’Eglise a uniformisé tout pour mieux maîtriser les populations. Il n’y pas qu’en Afrique que les cultures ont bafouées: l’ancienne religion (la Wika, celle des druides), présente sur le territoire que l’on appelle maintenant la France, a été complètement détruite. Quant aux croyances animistes locales, il a fallu inventer des saints pour prier autre chose qu’une rivière miraculeuse! Et quand j’écoute les histoires congolaises (de Pointe-Noire) liées à Mamy Wata, je ne peux m’empêcher de penser à l’universalité de ces croyances légendaires. Pour revenir sur un exemple évoqué dans le témoignage plus haut, il est clair qu’un prof lambda (blanc ou pas d’ailleurs), s’il n’est pas passionné par l’Afrique, vous sortira des banalités affligeantes par leur inconsistance. S’il est de culture européenne ou extra-africaine, il pourra facilement être gravement imprécis en donnant l’impression d’une Afrique barbare et en ressassant l’image d’un continent ravagé. Or, comme toute pièce a deux côtés, la géopolitique et l’humanité en ont mille… Toutefois, ce réflexe de simplification outrancière a lieu sans arrêt. Par exemple, lorsque l’on parle de la civilisation gauloise que l’on réduit sempiternellement à quelques clichés datant de l’époque coloniale romaine, clichés pas forcément avantageux sur la Gaule chevelue. Tout le monde a tendance à imaginer le Romain plus évolué que le Gaulois. Ils étaient différents, point. Quelques historiens commencent à mettre en valeur cette période par leurs recherches. Idem pour le Moyen-Age qui avait certes un côté barbare (propre à l’humanité et non à une période donnée)mais qui avait aussi ses lumières, trop souvent occultées par commodité, simplicité, paresse intellectuelle ou simplement manque d’informations accessibles au grand public (l’amour courtois est une invention du moyen-âge visant à faire respecter la femme qui a aussi longtemps été privée d’âme.). Tout comme les civilisations africaines sont différentes des autres, nous devons rester humbles et ouverts face à la diversité. Nous avons les origines que nous avons et nous pouvons choisir, nous pouvons même effectuer un panachage culturel. L’essentiel est que nous vivions en hommes libres. Pour cela, nous devons nous battre contre l’ignorance (et l’intolérance qui va avec). L’Histoire Africaine doit être plus amplement étudiée et plus largement enseignée. Au-delà de cela, nous devons nous reconnaître tels que nous sommes et accepter l’autre dans sa différence et sa singularité. Aujourd’hui comme hier, tout est fait pour nous diviser. Personnellement, je suis panafricain, mais je mets en garde certains camarades contre la tentation d’un repli extrêmiste teinté d’un racisme réactionnaire que j’ai naturellement eu à connaître. Un individu raciste est quelqu’un qui se trompe de colère. Je crois en outre qu’il ne sert à rien de mettre les histoires en concurrence. Il est évident pour quelqu’un d’éduqué que les peuples dits « négroïdes » (terme que je déteste autant que « leucoderme »!) ont une histoire toute aussi riche que celle des autres peuples. Seuls les incultes, les prétentieux et les minables peuvent affirmer que « l’Homme Noir n’est pas assez entré dans l’Histoire de l’Humanité ». L’ennui majeur de ce genre de discours de droite ultra et raciste (et d’une certaine manière ségrégationniste!), c’est qu’il fait toujours des victimes de chaque côté et qu’il est porté par des gens qui ont une influence sur le cours des choses. Il est urgent de former la jeunesse Africaine sur sa propre histoire, sur les valeurs de la citoyenneté et de lui transmettre l’envie d’avancer malgré ceux qui tentent de la bloquer. Le héros congolais Ange Diawara a voulu avancer. Certains ont voulu falsifier l’histoire, occulter son nom, ses amis et son action. On peut inscrire ce nom -synonyme de courage- ainsi que des millions d’autres sur le monument aux morts des héros africains sacrifiés. A nous, citoyens, d’œuvrer pour que l’Afrique brille et se respecte. A nous de nourrir le feu de la mémoire. A nous tous, bonnes volontés sincères, de lutter contre les ennemis intérieurs de l’Afrique qui se font complices des ennemis extérieurs et des économies néocoloniales, des économies de prédation, des ennemis de l’Homme. La Résistance Africaine a une couleur, celle de l’Amour. Je vais terminer ces quelques paroles crépusculaires (et un peu décousues, mais d’un bon sens élémentaire) par une autre réflexion: les rapports de force qui aboutissent à une maltraitance chronique des populations suivant leur couleur de peau existent. Elles ne sont pas nouvelles. Ces rapports de force ont tenté -et parfois tentent toujours- de détruire l’autre, de le nier. Je dis souvent en parlant de ce comportement méprisable que c’est « rabaisser pour se rehausser ». C’est une pratique typique de ceux que l’on désigne en psychologie comme pervers narcissiques (si ma mémoire est bonne), individus que l’on retrouve souvent au plus haut niveau de responsabilités (indépendamment de leur couleur, tout étant bon pour écraser l’autre). Ces gens-là font beaucoup de dégâts. Face à eux, nous bouillonnons et c’est normal. Nous avons parfois des réactions fortes et cela peut nous tourner la tête. La colère a la même force dévastatrice que l’alcool. A mon avis, il en va ainsi de mes frères qui, chaque matin, se regardent dans le miroir et se disent « tu es Noir, tu es fort » (sous-entendu « tu es d’une race supérieure »). Est-ce là une réaction saine? J’en doute. Pardonnez-moi cette comparaison forte, mais j’imagine que les nazis engagés dans la Waffen SS sur le front de l’Est pouvaient se dire exactement la même chose en se levant le matin. La réaction saine serait plutôt de se regarder simplement dans le miroir avec l’amour de soi. Toutefois, c’est évident, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Et comme tout est fait pour diviser les Hommes et pour réduire l’Homme de couleur Noire à ce qu’il n’est pas (un individu de second rang), je comprends malheureusement facilement la colère et l’obsession raciale et radicale de certains, quels qu’ils soient (comprendre n’est pas synonyme de cautionner). La seule option que nous avons est de nous unir par delà les frontières pour construire et agir pour la Justice et pour l’Humanité. Il nous faut nous battre pour plus d’éducation et de justice, ces deux mamelles de la démocratie. Plus que jamais, il nous faut continuer à défendre de bonne foi la cause Noire qui fait partie de la défense de l’humanité. Quelle fierté un Homme peut-il tirer des si basses victoires que sont l’avilissement, le massacre et le viol de populations toutes entières? Je n’ai aucune fierté de l’Histoire humaine qu’il nous faut connaître, mais je mets en garde mes frères contre l’idéalisation du passé. C’est un risque qui peut trop facilement mener aux fascismes. Si je mets ce terme au pluriel, c’est que j’estime qu’un fascisme africain (ou autre qu’européen ou occidental) est tout à fait possible et « codifiable », avec quelques adaptations culturelles à la clef. Par conséquent, nous devons faire un effort de connaissance historique et de re-connaissance, mais nous devons avant tout être exigeants avec nous-mêmes et éviter les travers que nous dénonçons. La plus grande des révolutions est intérieure à soi nous rappelle Pierre Rabhi. Au-delà de cela, je tiens à partager une idée que j’exprime tant que je la tiens: en tant qu’Européen, il me semble que sensibiliser la jeunesse européenne à la cause Noire, l’éduquer à la reconnaissance des autres est une priorité à porter. Par exemple, pourquoi ne pas montrer en classe de lycée le film de M. Van Peebles « Sweet sweet-back bad ass song » et lancer une réflexion autour de cette oeuvre cinématographique majeure, mais trop souvent passée sous silence (classée X aux USA, comme Kirikou, d’ailleurs…)? Réduire l’idée fausse -souvent inconsciente et inavouée de certains occidentaux- que l’Africain est un grand enfant incapable et pulsionnel est un combat quotidien que doivent mener les amis de l’humanité. Soutenir les combattants du progrès aussi. Je suis personnellement rassuré sur l’humanité de mes frères français du REMO en voyant par exemple leur implication au sein du M22. La caricature raciste marche dans les deux sens. Je suis ravi du témoignage poignant à tous les niveaux de l’auteur de ce blog, M. Pierre Eboundit. Le véritable chemin d’avenir, ce n’est pas l’impasse de la dictature, c’est la fraternité et le respect des peuples jusqu’ici méprisés. Comme le dit souvent le général Ferdinand Mbaou, militant panafricain apolitique: « le développement de l’Afrique passe par l’Amour de l’Afrique et des Africains ». C’est en outre le titre qu’il a donné à son livre, véritable déclaration d’Amour à l’Afrique et à une humanité responsable, plaidoyer pour une Afrique libre, unie et forte. Il nous faut faire mentir les afro-pessimistes. Bien à vous tous. Fraternellement et panafricainement.
    David Bourguin.
    http://www.mippes.blogspot.fr

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